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Le château au XVIIIᵉ siècle

À la veille de la Révolution, la seigneurie d’Aubignosc se dévoile à travers des archives rares, révélant un château peu habité, un mobilier modeste et d’immenses domaines.

Grâce à l’inventaire de l’an II de la République (document n°3 cité par A. Grandieux¹), il est possible de pénétrer dans le château d’Aubignosc avec une précision exceptionnelle. Rédigé en 1793–1794, en pleine période révolutionnaire, ce document décrit pièce par pièce le mobilier, les objets du quotidien et la distribution intérieure du bâtiment : un témoignage unique sur l’état réel du château au moment de la nationalisation des biens seigneuriaux.

Un intérieur modeste


« La grande porte d’entrée du château donne accès à tous les appartements. On trouve une porte entrant au vestibule de droite et une porte à gauche.


À gauche : on trouve un salon à manger, une cuisine et un lavoir.


Le mobilier est d’une sobriété surprenante.


Dans le salon, on trouve :

  • une géringole² en cuivre,

  • une salière en cristal, 

  • douze petits verres doubles, 

  • une petite armoire en bois blanc ton gris, 

  • une table en noyer avec ses pieds, 

  • un petit poêle en tôle avec ses tuyaux, 

  • un (?) pour reposer les raisins en bois blanc, 

  • un morceau de tapisserie en fil, 

  • dix mauvaises chaises.

Dans la cuisine :

  • une grille de fer,

  • une petite broche,

  • huit grilles à fourneau,

  • un trépied,

  • une mauvaise table de cuisine.

Dans le lavoir :

  • quatre jattes blanches,

  • un petit plat en faïence,

  • une mauvaise passoire en cuivre jaune.

Dans la salle à droite se trouvent :

  • une tapisserie en toile peinte, 

  • une petite table de bois blanc peinte en rouge avec 4 cornettes dont deux en (illisible)

  • huit sofas à bras ranbours, couvert en tapisserie et son sofa à trois plans en mauvais état,

  • neuf chaises garnies en paille, 

  • une petite table en mauvais état.


On monte au second : on y trouve un appartement visant le côté du midi où se termine la bibliothèque et un autre appartement du coté du nord.

  • chambres avec tapisserie peinte,

  • garde-robe en noyer,

  • couchette rembourrée,

  • matelas abîmés,

  • quelques chaises en paille.

Dans une chambre on trouve : 

  • une garde robe en bois de noyer à 4 battants et trois tiroirs,

  • un coffre en bois de noyer avec serrure et clef.

Dans l’appartement de droite : 

  • une tapisserie en toile peinte, 

  • deux petits tableaux avec cadre en bois de noyer, 

  • une couchette rembourée en bois de noyer, 

  • deux petits matelas de laine dont un en mauvais état dont un à la couverture à grande (?) blanc et bleu, 

  • un mauvais traversin, 

  • quatre chaises garnies en paille, 

  • quatre mauvaises chaises à bras.


Au cabinet aux degrés³ : une chaise en mauvais état, trois compostiers verre sans couvercle, une bouteille noire, deux pots en terre vernis.


Au galetas (combles) : trois grilles en fer, une mauvaise chaise, deus petites chaises de paille en mauvais état, un plateau sur 4 pieds en bois.


On descend à une porte fermant les greniers et les caves et à une autre cave. 

On y trouve :

  • un garde-manger, 

  • sept dames-jeannes couvertes en jonc, 

  • un grand trépied en fer, 

  • un gros panier d’osier, 

  • sept jarres pour l’huile, 

  • un grand plat de faïence, 

  • cinq grands plat ronds de faïence, 

  • une cuvette, 

  • deux mauvaises jattes de faïence, 

  • un petit corbillon⁴ de faïence, 

  • petite huilière de faïence, 

  • un grand panier en jonc.


À la grande cave : dix tonneaux dont sept cerclés en fer et trois cerclés en bois (de contenances diverses), le premier 40 coupes (la coupe était de 16 litres).


Dans la petite cave : deux tonneaux cerclés en fer 37 coupes chacun. La plupart de ses tonneaux sont pleins de vin à différents particuliers du lieu.


L'inventaire est estimé à 858 livres. »


Un château presque inoccupé


La pauvreté du mobilier montre que le seigneur n’y résidait pas régulièrement.


L’abbé Ayasse explique d’ailleurs que les seigneurs vivaient en ville, ne passant que « un à deux mois d’automne » dans leurs châteaux pour percevoir les revenus.


Le seigneur d’Aubignosc demeurait à Sisteron.


Les biens seigneuriaux : un domaine immense


L’inventaire mentionne deux petites maisons (dont la Tasquine) et un document intitulé : « État des biens de Jacquin Laurent Brun cy-devant seigneur d’Aubignosc avec leur consistance ».


Ce document liste :

  • 56 biens,

  • jardins,

  • bois,

  • terres plantées d’oliviers et de vignes,

  • terres au Forest,

  • logis regallis⁶ au Gravas,

  • et le Logisson avec plusieurs autres terres.


Au total : 164 113 cannes, soit 65,6 hectares.


La seigneurie était donc extrêmement rentable, malgré le château modeste.

Notes


¹ Alain Grandieux, Le Bignosc – Aubignosc au XVIIIᵉ siècle, 1709–1794, Nice 1998.


² Le mot « géringole » est un terme ancien et assez rare.
Dans les inventaires provençaux et languedociens des XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles, une géringole désigne généralement un petit chandelier ou support à plusieurs branches, souvent en cuivre, destiné à porter plusieurs bougies.
On peut le rapprocher d’un candélabre, mais en version plus simple et plus légère.


³ Le “cabinet aux degrés” désigne une petite pièce située dans ou à côté d’un escalier (“degrés”), souvent utilisé comme placard, garde-robe, ou pièce de rangement.


⁴ Un corbillon est un petit panier (souvent rond ou ovalisé), traditionnellement en osier ou en fibres végétales, utilisé pour présenter des aliments.


⁵ La livre tournois n’a pas d’équivalent exact moderne, mais on peut estimer son pouvoir d’achat grâce au prix du blé, au salaire journalier d’un ouvrier, au coût d’un cheval et à la valeur d’une propriété rurale moyenne. 

À la fin du XVIIIᵉ siècle :

  • 1 livre ≈ la valeur d’un repas simple ou d’un litre de vin,

  • 20 à 30 livres = salaire mensuel d’un ouvrier agricole,

  • 500 à 800 livres = le prix d’un cheval de trait,

  • 1000 à 1500 livres = la valeur d’une petite maison rurale.

858 livres représentent donc environ :

  • 2 à 3 années de salaire d’un ouvrier,

  • un cheval de bonne qualité,

  • près du prix d’une petite propriété rurale modeste.
    C’était donc une somme importante, mais pas considérable pour une seigneurie.


« Le logis regallis et terre au Gravas appelé le Logisson » désigne la maison seigneuriale principale située au Gravas, considérée comme un bien de prestige dans l’ensemble des possessions du seigneur Brun, distincte du château mais relevant de la même seigneurie.



📌 Sources

Cet article s’appuie sur le travail documentaire et historique de Jeanine Bourvéau et de l'association Les Amarines.

Aubignosc, Château d'Aubignosc, Château médiéval, Logis seigneurial, Vie seigneuriale, Logis regalis, Biens nationaux

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