
Chroniques ecclésiastiques
Une plongée historique dans la vie paroissiale
Entre intrigues locales et tourments révolutionnaires, l’abbé Ayasse dévoile les secrets d’Aubignosc et restaure la mémoire de ses bâtisseurs.
Ce document présente une synthèse historique et biographique de la paroisse d'Aubignosc, s'appuyant sur les recherches et les notes manuscrites de l'abbé Ayasse. Ce travail retrace l'évolution des structures religieuses, les figures marquantes du clergé local, ainsi que les événements sociaux et politiques ayant façonné la vie de la commune du Moyen-Âge jusqu'au XIXe siècle.
I. Origines et structures anciennes
Le prieuré d'Aubignosc
Le prieuré d'Aubignosc était autrefois un bénéfice claustral de l'abbaye de Cruis, avant d'être plus tard possédé en commende. Le chapitre des chanoines de Saint-Martin de Cruis existait déjà en 1074 ; par sa règle, il était exempt de la juridiction de l'ordinaire.
Conflits de juridiction et intervention papale
Gérard Caprérius, évêque de Sisteron, prélat inflexible, n'entendait pas tolérer une autre juridiction que la sienne et n'oublia rien pour soumettre ce chapitre. Le pape Saint Grégoire VII, réformateur des abus, eut connaissance de cette entreprise. Il écrivit alors à l'évêque de Sisteron en ces termes : « Gérard, pourquoi ces entreprises ? Si vous voulez avoir des droits sur les chanoines de Cruis, venez à nous, source de toute justice, et notre tribunal suprême en décidera. »
Le monastère conserva ainsi son privilège à cette époque, avant de le perdre en 1456 (source : M. Laplane, Histoire de Sisteron).
L'impact de la peste de 1502
Au commencement du XVIe siècle, en 1502, le nombre des habitants de Sisteron fut réduit des deux tiers par suite d'un fléau terrible : la peste. Le chapitre s'était alors retiré au village d'Aubignosc. Il y résidait encore lorsque François d'Inteville, nommé à l'évêché de Sisteron, vint prendre possession de son siège cette même année 1502.

L'aménagement des chanoines à Aubignosc
Pour loger les chanoines pendant cette longue période, le presbytère devait être assez vaste. S'il n'est pas explicitement mentionné que tous aient couché dans le presbytère — ils ont pu se loger dans des maisons particulières ou dans le château — il est cependant probable que le corps de bâtiments qui entoure l'église actuelle existait alors. Cet ensemble est assez vaste et construit dans des conditions de solidité suffisantes pour lui assigner cette date.
II. Le Prieuré et ses fonctions
Le nom des prieurs d'Aubignosc n'était pas connu de l'abbé Ayasse ; pour obtenir des renseignements plus certains, il faudrait consulter les archives de l'abbaye de Cruis ou celles de l'évêché de Sisteron.
Dans les registres du bureau de bienfaisance, on trouve toutefois mention de Messire de Thomassin, prieur du Bignosc, qui, par testament olographe reçu par Mr de Gabri, notaire à Aix, le 14 mars 1701, légua trois cents livres aux pauvres du Bignosc.
Comme les prieurs ne résidaient pas dans la paroisse, ils étaient obligés de faire remplir leurs obligations par un vicaire. Le Bignosc était alors un prieuré en titre et une vicairie perpétuelle en fait. C'est en raison de la présence de l'église et du presbytère, habitations du vicaire, que ce quartier est appelé « la vicairie ».
III. Les grands vicaires du XVIIe siècle
1. Guillaume Chieusse
C'est le nom du plus ancien vicaire mentionné dans les actes publics. Il semble avoir administré la paroisse de 1615 à 1632. Le 10 novembre 1629, par acte reçu Me Motes, notaire à Digne, il prêta à la communauté du Bignosc la somme de trois cents livres moyennant une pension annuelle de quinze livres.
Avant de mourir, il fit son testament (dont le notaire reste inconnu) et fonda à perpétuité une messe par semaine dans l'église du Bignosc, obligeant la communauté à les payer. Il y affecta probablement sa rente de quinze livres.
Ces messes furent acquittées exactement après sa mort. En 1766, la communauté ayant omis de payer cette somme pendant deux ans, le vicaire Charles Guigues se procura les titres et l'obligea à respecter la fondation. L'évêque de Sisteron, lors de sa visite le 26 octobre 1869, fixa ces messes à une célébration de beata les deux premiers samedis de chaque mois, ainsi qu'une messe les jours de l'Assomption, de l'Annonciation et de la Nativité.
Depuis la Révolution, ces messes ne sont plus acquittées, bien qu'il viendra nécessairement quelqu'un pour renouveler l'affaire de 1766.
2. Jacques Chieusse
Il semble avoir administré la paroisse de 1632 à 1677. Il était le neveu du précédent et fils de Gaspard Chieusse. Son oncle avait acheté de Civit un pré situé au Forest ; il réclama la dégrèvement d'impôts de cette propriété en tant que bien d'église.
Il hérita probablement du patrimoine de son oncle Guillaume, bien que celui-ci eût un père ayant des propriétés au Forest. On lit dans le registre civil au 30 mars 1697 : « Anne Maurel, veuve de Jean Chieusse, fonda une messe dans la chapelle de la Forest ».
Dans la transaction du 13 novembre 1676, Jean Fort est désigné comme prêtre servant au dit Bignosc et signe l'acte.
Restauration de l'église en 1662
C'est sous le vicariat de Jacques Chieusse, en 1662, qu'eut lieu la restauration de l'église paroissiale.
Les pièces authentiques manquant, il est difficile de déterminer qui, du prieur, du vicaire, de la communauté ou du seigneur, pourvut à la dépense, bien qu'il soit permis de croire que tous y contribuèrent.
La tombe seigneuriale, située dans la chapelle de Saint Jean-Baptiste (actuelle sacristie), fut construite ou restaurée ; la pierre tombale porte ses armoiries avec la date de 1663.
Il est à supposer que le donateur participa aux réparations de l'église.
Le tableau des fondations de 1769 précise que les messes pour Guillaume Chieusse se disent à la chapelle du Rosaire.
Quant à Jacques Chieusse, qui était riche, il a certainement fourni des fonds ou cédé l'argent de son oncle. Sur la porte de l'ancien jardin (dont le mur de clôture était pris au milieu des deux fenêtres sud de l'église), on trouvait une pierre portant l'inscription : « J. CHIEUSSE M'A FAIT FAIRE ».
On dit qu'il en existait une autre ainsi conçue : « Dieu dans l’éternité prions pour les pauvres trépassés particulièrement pour le pauvre Chieusse vicaire qui a tant dépensé pour me faire faire. »
Le 6 mai 1664, J. Chieusse acquitte un mandat de 10 livres, un pan de terrain à la porte de l'église et dix pots de vin pour un jour...
En 1677, il donna sa démission pour cause d’infirmités et de vieillesse. Il se retira probablement au Forest, où il fit bâtir l'église qu’il dota avant de mourir. Jacques Chieusse fit son testament, reçu par Astier, notaire à Château-Arnoux, le 17 octobre 1686, donnant aux pauvres du Bignosc tous ses biens présents et à venir. Il donna un mobilier désigné et l'usufruit de quelques terres à Vincens Pons, vicaire du Bignosc, stipulant que ces biens devaient être administrés par le vicaire et les consuls.
Il voulut être enseveli dans la chapelle de la Forest. Il mourut à Château-Arnoux le 19 octobre 1686, et son corps y fut transporté. La commune l'appelle : « Le restaurateur de l’église », « Le fondateur de la Forest », « Le père des pauvres ». Requiescat in pace.

3. Vincens Pons
De 1677 à mars 1690. Il a dû entrer en possession après la démission de Jacques Chieusse ; les registres civils portent son nom du 1er janvier 1678 à mars 1690. Il était ami du précédent, puisqu’il reçut une faveur dans son testament. On ne connaît ni le lieu ni l'année de sa mort. C’est durant son administration que fut bâtie l’église du Forest, qu'eut lieu la fondation de J. Chieusse et l'installation d'un chapelain, ce qui diminua son casuel.
4. Charles Guigues (Mars 1690 – Janvier 1737) : les troubles du XVIIIe siècle
Installation et début de ministère
À la mort ou à la démission de V. Pons, Charles Guigues, alors acolyte à l'église de Peipin, obtint sa nomination à la vicairie du Bignosc. Il fut installé le 14 mars 1690 par le vicaire de Peipin, selon les termes de l'acte notarié. N'étant pas encore prêtre, il dut terminer sa théologie ; durant cette période, ses fonctions furent remplies par Gollin, pro-vicaire de mars 1690 à janvier 1692. À partir de cette date, Guigues résida dans la paroisse et la dirigea lui-même.
Gestion des biens et litiges
En 1706, les consuls ayant omis de payer pendant deux ans la rente destinée aux messes de Guillaume Chieusse, Guigues réclama, se procura les titres et obtint la condamnation de la communauté au paiement des arrérages (selon le registre du bureau de bienfaisance). En 1728, il établit une déclaration complète des revenus et des charges de son bénéfice.
Vie paroissiale et événements locaux
Hiver 1709 : l'hiver fut si rigoureux qu'il fut impossible d'enterrer deux défunts au cimetière du Bignosc ; on dut les transporter à la Forest.
13 août 1711 : décès de Messire Jean Antoine Belon (membre d'une famille du Bignosc), ancien curé de la paroisse de Châteauneuf de Chabre, à l'âge de 81 ans. Il fut enterré dans la tombe des vicaires.
14 juin 1730 : bénédiction de la cloche du Bignosc, offerte par feu Jean Bayle, ménager du lieu. Il s'agit probablement du même Jean Bayle qui, par testament du 11 mars 1714 (reçu Corbon), avait fondé deux grandes messes.
17 février 1734 : décès de Jacques Manduech, prêtre de ce lieu, enterré dans la tombe des vicaires.
Fin de mandat
Guigues dut se démettre de sa paroisse à la fin de l’année 1736. Il est probable qu'il soit mort à Peipin, son pays d'origine, car il n'existe aucune mention de son inhumation dans la tombe des vicaires du Bignosc.
5. David Joseph (Janvier à Novembre 1737)
Ce vicaire était peut-être professeur au séminaire ou aumônier à Sisteron. Il ne résida pas au Bignosc et ne signa aucun acte civil. Il fit assurer son service par Allegre (pro-vicaire de janvier à juin) puis par Motet (secondaire de Peipin, de juin à novembre).
6. Joseph Bougerel (1737-1753) : une rigueur exemplaire
Parcours et nomination
Originaire de Volonne, Joseph Bougerel était initialement curé de Chardavon, poste qu'il occupait depuis 1712 suite à une bulle papale. En 1737, il est transféré à la vicairie perpétuelle d'Aubignosc (sous le titre de Saint-Julien) pour remplacer le démissionnaire Joseph David.
Le 8 novembre 1737, son installation fut marquée par un protocole très solennel. Accompagné du prêtre Grégoire Motes, il prit possession officielle de sa charge devant notaire :
Dans l'église : Il pria devant le maître-autel, manipula le tabernacle, les portes, les fonts baptismaux et monta en chaire.
Dans la paroisse : Il fit le tour du presbytère et des terres agricoles appartenant à la vicairie pour confirmer son autorité de nouveau titulaire. Cet acte, signé par le notaire Reynier, fut notifié devant plusieurs témoins, dont le lieutenant du juge local, pour éviter toute contestation ultérieure.
Un ministère marqué par la gestion des biens des pauvres
Bougerel était un prêtre zélé qui prenait très à cœur sa mission sociale. Selon les usages de l'époque, il gérait les biens des pauvres conjointement avec les consuls (les magistrats municipaux). Toutefois, sa gestion fut rendue difficile par des ventes passées de ces biens (dès 1694) : les nouveaux propriétaires ne payaient plus leurs rentes.
Ne voulant pas entrer en conflit judiciaire avec ses paroissiens pour recouvrer ces dettes — ce qui aurait pu altérer la confiance qu'ils lui portaient — il préféra démissionner de sa charge de gestionnaire en 1744. Son successeur à ce poste fut Jacques Caire, alors chapelain de la Forest.
Le dossier de l'église du Forest
Durant son mandat, les habitants du hameau de la Forest réclamèrent l'érection de leur chapelle en paroisse autonome (octobre 1751). Une enquête diocésaine fut diligentée en janvier 1752, mais l'évêque rejeta la demande, jugeant les arguments des habitants insuffisants.
Fin de vie et héritage
Fatigué par ces soucis administratifs et par son âge avancé, Bougerel démissionna définitivement de la cure en octobre 1753. Il se retira à Sisteron. Avant de mourir, il rédigea un testament (1754) léguant aux pauvres d'Aubignosc un revenu annuel de cent livres, incluant le financement d'une mission religieuse tous les dix ans.
Il décéda le 25 avril 1757 à Sisteron. Selon ses dernières volontés, sa dépouille fut ramenée à Aubignosc pour être inhumée dans la tombe des vicaires. Bien que ce legs ait été suspendu après la Révolution, l'abbé Ayasse entreprit des démarches dès 1864, avec le soutien de l'évêque, pour que la mairie rétablisse le versement de cette somme aux indigents.
IV. La Révolution et ses suites
7. Jean-François Cartonne (1753-1794) : un long ministère
Un curé de longue date
Arrivé en octobre 1753, Jean-François Cartonne a marqué l'histoire d'Aubignosc par la durée exceptionnelle de son ministère : trente-neuf ans. Probablement issu du séminaire, il était sans doute très jeune lors de sa nomination. Il était vraisemblablement originaire de Lurs, commune où il se réfugia durant les heures sombres de la Terreur. Dès l'année suivant son arrivée, il assista à l'érection de la chapellenie du Forest en succursale paroissiale, sur décision de l'évêque.
Conflits sur la gestion des biens des pauvres
Comme ses prédécesseurs, Cartonne était responsable des biens destinés aux indigents, en collaboration avec les consuls (les élus municipaux de l'époque). Sa gestion fut toutefois très critiquée : il avait tendance à diriger ces affaires seul, ce qui agaçait les consuls.
1769 : lors d'une visite pastorale, l'évêque de Saint-Tropez lui ordonna formellement de travailler de concert avec les consuls.
1772 : malgré les remontrances, les tensions persistèrent, poussant les consuls à porter plainte devant le Parlement d'Aix. Celui-ci trancha en imposant une gestion collégiale très stricte : nomination d'un trésorier, tenue de comptes sur mandats, et réunions mensuelles obligatoires après les vêpres, impliquant le curé, le juge, les consuls et les citoyens les plus notables.
Vie liturgique et traditions
En 1769, l'évêque fixa précisément le programme des messes de fondation, qui devint la règle paroissiale :
Messes de Guillaume Chieusse : célébrations de Beata (les deux premiers samedis du mois) et messes solennelles pour les fêtes de l'Annonciation, de l'Assomption et de la Nativité, le tout à la chapelle du Rosaire. S'y ajoutaient les Laudes dominicales (remplacées par le Stabat durant le Carême).
Autres fondations : messes de requiem pour Mme d'Aubignosc (les premiers vendredis) et pour Jean Bayle (anniversaires en novembre).
Missions : sous son impulsion, des missions furent organisées par les Capucins de Sisteron, notamment celle terminée en 1782, financée selon les vœux de Bougerel.
L'épreuve de la Révolution
Âgé et dépassé par les événements politiques, le curé Cartonne a tenté tant bien que mal de garder son poste.
1791 : contraint par les circonstances, il prête serment à la Constitution civile du clergé, aux côtés du vicaire du Forest, Jean-Louis Suquet.
1790-1794 : il subit la dépossession : vente des domaines de la cure, puis réduction à une simple pension d'État.
1794 : lors de la Terreur, il doit fuir. Le 10 février, la mairie dresse l'inventaire des objets de l'église pour les vendre. Le 26 février, Cartonne rend les clefs de l'église et du presbytère, tout en réglant une taxe de 90 livres pour deux tonneaux qu'il avait conservés. Le presbytère et son jardin furent alors vendus à des particuliers, malgré la promesse (non tenue) que ces biens resteraient à la commune. Cartonne finit ses jours à Lurs.
8. Jean-Antoine Fabre (1795-1801) : un ministère clandestin
Un curé sous serment
Jean-Antoine Fabre était curé de Peipin au moment où la Révolution éclata. Comme beaucoup d'autres, il prêta serment à la "Constitution civile du clergé". Ayant probablement de la famille ou des propriétés sur place, il parvint à rester à Peipin durant toute la période de la Terreur.
Un ministère dans l'ombre
Durant cette période où le culte catholique était interdit, il continua son ministère de manière clandestine : les parents lui portaient leurs enfants dans sa chambre pour qu'il les baptise, aussi bien pour les habitants de Peipin que pour ceux d'Aubignosc.
Le retour à un culte restreint
Une fois la période de répression la plus aiguë passée, il entama des démarches officielles pour reprendre ses fonctions. Le 12 vendémiaire an IV (octobre 1795), il se présenta au maire d'Aubignosc qui lui délivra un certificat. Il prêta alors serment aux lois de la République, déclarant vouloir exercer son ministère de "culte catholique" dans la commune.
Cependant, sa liberté restait extrêmement limitée :
L'église, dont le mobilier avait été vendu, était fermée et servait de grenier à foin.
Ses fonctions se limitaient au strict minimum : baptiser les enfants et confesser les mourants.
La retraite et la fin de vie
Cet exercice très restreint du ministère dura jusqu'au Concordat de 1801. À cette date, Jean-Antoine Fabre se retira de la vie active. Il lui arrivait toutefois de remplacer occasionnellement les prêtres en poste à Peipin ou à Aubignosc. Il mourut à Peipin le 3 mai 1809, à l'âge de 86 ans, après avoir reçu les derniers sacrements, signe de sa réconciliation avec l'Église officielle.
V. La paroisse au XIXe siècle
Après le rétablissement du culte officiel en 1801, la vie paroissiale à Aubignosc a connu une période de grande instabilité, marquée par une succession rapide de desservants et une désorganisation héritée de la Révolution.
La continuité après la tourmente
Selon les témoignages recueillis par l'abbé Ayasse, le curé Fabre de Peipin a maintenu une présence religieuse clandestine tout au long de la période révolutionnaire, baptisant les enfants dans des chambres privées et confessant les malades, tant pour les habitants de Peipin que pour ceux d'Aubignosc.
Après la signature du Concordat, c’est Demichel Champourcin, alors prêtre en chef à Peipin, qui a pris le relais pour régulariser la situation religieuse, notamment en baptisant les enfants et en procédant à la validation des mariages célébrés durant la période troublée, aussi bien à Aubignosc qu'au hameau du Forest.
Une succession rapide de desservants (1803-1823)
Le début du XIXe siècle est caractérisé par des mandats souvent très courts et interrompus par la maladie ou le décès des prêtres :
9. Laplane (1803-1807)
Ancien prieur de Sourribes, il arrive fin 1803. Son ministère s'arrête prématurément en raison d'une maladie contractée au début de l'année 1807 ; il décède à Sisteron la même année.
10. Laidet (1808-1810)
Arrivé en janvier 1808 (en provenance, semble-t-il, de Thèse), il dirige la paroisse jusqu'à son décès à Peipin, le 8 novembre 1810.
11. Bertrand Bernard (1812-1815)
Originaire de Sisteron, il assure le service paroissial jusqu'à la fin de 1811. Il ne résidait pas sur place, habitant Sisteron et ne venant à Aubignosc que le dimanche pour officier. Il est décédé à Sisteron en 1816, à l'âge de 63 ans.
12. Ubaud (1816-1823)
Il prend ses fonctions en juillet 1816. Plus jeune et plus dynamique que ses prédécesseurs, il s'investit davantage dans la paroisse, participant notamment à la bénédiction de la cloche de la chapelle Saint-Domnin en octobre 1816. Il est transféré à Châteauneuf en mai 1823, puis finira sa carrière à La Baume de Sisteron, où il décédera.
VI. Une période de transition (1823-1829)
Après le départ de l’abbé Ubaud en 1823, la paroisse connaît plusieurs changements de desservants au cours de cette décennie :
13. Jean-Simon Latil (1823-1825)
Né à Sisteron en 1795 au sein d'une famille modeste, il est ordonné prêtre en 1820. Après une première affectation, il est nommé à Aubignosc en mai 1823. L'abbé Ayasse ne rapporte aucun fait marquant sur son ministère. En 1825, il est transféré à Volonne en tant que vicaire, puis devient curé jusqu'en 1848. Il termine sa carrière à Peyruis, où il décède le 1er octobre 1862.
Vacance et intérim (1825-1826)
Entre juillet 1825 et octobre 1826, Aubignosc n'a pas de prêtre titulaire. C'est l'abbé Ubaud, alors en poste à Châteauneuf, qui assure le service religieux de la paroisse durant cette année d'intérim.
14. Jean-Pierre Lombart (1826-1829)
Originaire de Saint-Geniez et ayant déjà exercé dans plusieurs paroisses, il est nommé à Aubignosc en octobre 1826. Il s'installe dans une maison aux "Granges" (une propriété provenant de la famille Pichard) où il finit ses jours le 22 juin 1829.
Un legs significatif pour l'église
Le passage de l'abbé Lombart est resté dans les mémoires grâce à son ancienne domestique, Rosalie Maïr (fille de Sônez), à qui il avait légué la somme de 2 000 francs. Rosalie épouse plus tard Jacques Féraud, surnommé "Charteier", qui lui laisse à son tour une dot de 3 000 francs et la jouissance d'une maison.
Devenue veuve, Rosalie Féraud rédige un testament le 25 juillet 1861, par lequel elle lègue la moitié de sa succession à l'église d'Aubignosc. Bien que l'inventaire ait estimé ce don à 2 050 francs, une réclamation des héritiers a contraint de réduire la part de l'église, qui a finalement perçu 940 francs par acte de partage.
15. Rochette (1832-1833)
Ce prêtre était du diocèse de Grenoble, et j'ignore comment il est venu dans celui de Digne. L'ordonnance de 1848 porte qu'il a été ordonné en 1831. On dit qu'il quitta Chateaufort en octobre 1832, pour venir à Aubignosc. Il habita le chateau, et avait une domestique qui le fit détester. Il fut transféré à St-Martin de Sheard, et de là, à Artoin où il se fit remarquer par sa sordide avarice. Il est rentré dans sa famille en 1853.
16. Maurel Jules Philippe (1837-1844)
Né à Saint-Geniez de Noyers le 15 juillet 1766, Jules-Philippe Maurel effectua ses études à Sisteron. Ordonné diacre le 2 mai 1790, il devint prêtre peu de temps après. N'ayant occupé que brièvement le poste confié par l'évêque de Sisteron, il choisit de prendre la route de l'exil pour échapper à l'apostasie ou à la guillotine. La tradition rapporte qu'il se réfugia en Suisse où il se consacra à l'enseignement et qu'il aurait, lors d'un moment critique, fait l'acquéreur.
Après le Concordat, il rentra en France et fut placé à Saint-Martin de Thoard, avant d'être transféré à Peipin en 1809. Son traitement annuel était alors de cinq cents francs, un revenu rendu plus considérable par le service qu'il assurait ponctuellement au Forest et à Aubignosc. En 1820, il maria sa nièce, Joséphine Raspail, qui vivait avec lui, au notaire du Forest, Dominique Corbon. Il fit également l'acquisition d'une petite campagne située au-dessous du village d'Aubignosc auprès de la veuve Briançon, et y réalisa plusieurs réparations aux bâtiments.
Nommé à Aubignosc en juillet 1837, il résida dans cette campagne, faute de presbytère disponible. Durant son administration, il fit blanchir l'église et se fit remarquer par sa belle voix, qui, dans le chant, couvrait toutes les autres. En juillet 1844, en raison de sa vieillesse, il donna sa démission et fut remplacé par M. Chabert.
Devenu aveugle durant ses dernières années, ce « bon vieillard » attribuait sa cécité au non-usage de lunettes que son neveu, le curé de Châteauneuf nommé Signoret, devait lui procurer. À sa mort, survenue le 12 juillet 1850 à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, il laissa un testament par lequel il léguait sa campagne à son neveu Raspail de Montbrun, partageait ses créances entre Raspail, Madame Corbon et Alfred Corbon, tout en léguant du blé au premier des pauvres.
17. Chabert Isidore Joachim (1844-1850)
Un parcours ecclésiastique éprouvé
Né à Salignac le 27 avril 1809 et ordonné prêtre en 1833, Isidore Joachim Chabert fut d'abord envoyé à Gréoux avant d'être transféré à Barras après quelques mois. Nommé à la paroisse de Saint-Geniez en 1838, il rejoignit finalement Aubignosc en 1844. Dès son arrivée, il chercha à contraindre la commune à acquérir un presbytère ; pour soutenir sa demande, il prit domicile à Volonne et ne revint s'installer à Aubignosc qu'en 1847, une fois le bâtiment remis en état.
Tensions avec les instituteurs locaux
Peu après son installation, il entra en conflit ouvert avec deux instituteurs locaux, M. Roubaud et M. Pascal. Ces deux hommes, bien que plus instruits que le commun des habitants, multiplièrent les insultes envers leur curé. Leur conduite impie et irréfléchie finit par attirer l'attention du parquet de Sisteron, qui leur intenta un procès et les fit condamner à une amende. Toutefois, le climat politique agité de 1848 exacerba encore davantage l'animosité de ses ennemis.
L'épisode de la dissidence protestante
En 1849, M. Roubaud fut nommé maire. Durant son court mandat, il tenta de faire changer de religion ses administrés en appelant un pasteur protestant. Soutenu par une poignée d'individus, il proclama la liberté de la religion protestante et fit venir le ministre Daldebert, originaire d'Arpières, qui vint prêcher à trois reprises entre décembre 1849 et février 1850. Sur ordre de son évêque, M. Chabert quitta provisoirement la paroisse, laissant derrière lui des esprits échauffés, bien que la majorité de la population restât attachée au catholicisme.
L'échec de la propagande et le retour au calme
Le pasteur Daldebert tenta de diffuser des livres de propagande, mais finit par réaliser que cet appel n'était qu'un coup de tête de quelques habitants cherchant à se venger de leur curé. Constatant que les réunions prenaient une couleur politique attirant des gens de tout le canton et faisant face aux menaces du sous-préfet de Sisteron, qui envisageait l'intervention de la gendarmerie, le ministre se retira avec habileté. Dans son dernier discours, il déclara à ses auditeurs : « Vous êtes de mauvais catholiques, vous seriez de mauvais protestants, restez ce que vous êtes. » Ces paroles furent applaudies par les hommes de bon sens, mettant un terme définitif à cette échauffourée protestante.
Conséquences et départ
Suite à ces événements, Roubaud et Pascal furent compromis dans les troubles de 1851. Pascal quitta la paroisse pour exercer, dit-on, la médecine à Paris, tandis que Roubaud persista dans son impiété. Quant au ministre, qui prétendait que le catholicisme n'était qu'une « religion d'argent », il réclama et obtint, semble-t-il, la somme de six cents francs, une affaire dont le maire de l'époque ne se vante guère. Après ces déboires, M. Chabert quitta le diocèse pour s'installer à Marseille, laissant le service de la paroisse à la charge du curé de Peipin.
18. Martin Félix (mai 1850 - janvier 1851)
Originaire de Banon (1817) et ordonné en 1841, cet estimable confrère était professeur au petit séminaire de Forcalquier. Il était instruit, d'un caractère affable et bon musicien. Placé à Redortiers en 1844, il fut nommé à Aubignosc en 1850 pour venir pacifier les esprits. Sa réussite fut telle qu'il fut choisi par Mgr l'évêque pour arrêter les progrès des protestants à Saint-Michel. Son zèle et son activité ont abrégé ses jours, et il est mort le 30 janvier 1851.
19. Fabre Gabriel (févr. 1851 - oct. 1852)
Né à Saint-Geniez, son père était issu de la famille des Fabre du Vivier (Joseph Fabre d'Anthon perdit les titres de noblesse en 1666). Ordonné en 1838, il fut placé à Valavoire pour recueillir la succession de son oncle, le curé Gra. Après un an de séjour dans cette paroisse, il a été à Seyne, à Châteauneuf-Miravail, puis vicaire à Sisteron, curé d'Aubignosc, de Rougon, de Sainte-Croix, de Bras, et de Lardiers. Ces divers changements tiennent à son caractère léger et inconstant. Pendant son séjour à Aubignosc, il a augmenté le mobilier de l'église.
20. Andran Marius (oct. 1852 - mars 1854)
Né à Digne le 8 décembre 1824, il fut ordonné le 2 juin 1849, nommé curé de Gévaudan, puis vicaire de Moustiers en 1851. Son court séjour à Aubignosc a été marqué par l'achat d'un calice et d'une chape noire, et par la réhabilitation de quelques mariages civils.
21. Bremond Fortuné (juill. 1854 - juill. 1860)
Né à Corbières le 4 juillet 1824 et ordonné en 1846, il fut nommé vicaire à Puimoisson, puis curé de La Croix en 1852, avant d'arriver à Aubignosc en 1854. Il a acheté un ostensoir, fait construire le maître-autel et l'a orné de six chandeliers. Il a été transféré à Peipin.
22. Daumas Antoine (juill. 1860 - 8 mai 1861)
Né à Salignac en 1809, ce prêtre du diocèse de Digne n'a eu que le temps d'arriver, de faire connaissance de ses paroissiens et de mourir.
23. Ayasse Joseph (2 juill. 1861 à sept. 1869) : notre historien narrateur
Né à Curbans en 1823 et ordonné le 2 juin 1849, il exerçait à Authon avant d'être transféré à Aubignosc en 1861. Il a fait blanchir l'église et a fait placer trois vitraux, dont un Saint-Julien, patron de la paroisse, qui décore le chœur. Une croix a été placée sur le clocher et les fonts baptismaux ont été installés dans la petite nef, à côté de la porte d'entrée.
Grâce à un don de M. Giraud, il a acheté un ciboire en argent, une chape blanche (gros de tours) et un voile blanc pour la bénédiction. Il s'est également procuré une chasuble en velours avec galons fins, une chasuble blanche en damas avec galons, une bannière blanche, un dais en drap d'or, une chasuble verte, une chasuble blanche, une aube et du petit linge. Avant son départ, il a fait reconstruire l'autel de la Sainte Vierge avec le marchepied.
Enfin, sur sa demande, un secours de 200 francs a été accordé par le gouvernement pour plafonner la chambre d'entrée et réparer la porte extérieure du presbytère.
Devoir de mémoire
Il était animé par un sens aigu de la justice et du respect des engagements passés. Son action en 1864, où il a officiellement réclamé auprès de l'évêque et du maire le rétablissement d'un legs testamentaire (celui de Bougerel) qui n'était plus versé aux pauvres depuis la Révolution, montre un homme qui défendait les droits des indigents avec ténacité.
24. Dardier (août 1870 - mai 1871)
Né à Lurs en 1803, ex-curé de Curbans, Saint-Sourribes, Auges, Les Lauzes et Saint-Paul, il arrive à Aubignosc en août 1870. Pendant les neuf mois de son séjour, il n'a eu que le temps de s'y faire mépriser.
25. Chabrier (mai 1871 - fév. 1874)
Né à Manosque en 1835, il souhaite "la paix en la langue" (dans la paroisse).
Conclusion
Ce document illustre la transition d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Cruis vers une paroisse structurée, au cœur des tensions sociales et politiques de la Provence.
À travers les portraits de ses desservants, on observe une communauté marquée par la gestion complexe des biens des pauvres, les épreuves de la Révolution, et des volontés d'embellissement liturgique constantes.
Les notes de l'abbé Ayasse témoignent non seulement de la mémoire des prêtres, mais aussi de la ténacité d'un patrimoine religieux local qui a survécu aux réformes, aux guerres et aux changements de régime.
Notes
¹ L’abbé Joseph Ayasse a exercé son ministère à Aubignosc de 1861 jusqu'en septembre 1869. C'était un prêtre lettré, rigoureux et profondément attaché à sa paroisse. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il s'est montré extrêmement actif dans la gestion matérielle et spirituelle de l'église d'Aubignosc (rénovations, achats d'ornements, souci du patrimoine).
Sa contribution majeure réside dans son travail de "chroniqueur" de la paroisse. Il n'était pas seulement un curé en exercice, mais un véritable archiviste local. Il a pris le soin de compiler les registres, les testaments, les délibérations communales et les traditions orales pour reconstruire l'histoire religieuse du village depuis ses origines.
Dans ses notes, il fait souvent référence à ce que « les anciens » lui ont raconté. Il a agi comme un pont entre la mémoire vive du XVIIIe siècle (la période révolutionnaire, les souvenirs de la Terreur) et le milieu du XIXe siècle.
Il était animé par un sens aigu de la justice et du respect des engagements passés. Son action en 1864, où il a officiellement réclamé auprès de l'évêque et du maire le rétablissement d'un legs testamentaire (celui de Bougerel) qui n'était plus versé aux pauvres depuis la Révolution, montre un homme qui défendait les droits des indigents avec ténacité.
📌 Sources
Cet article s’appuie sur le travail documentaire et historique de l'abbé Ayasse.
Aubignosc, Abbaye de Cruis, Bignosc, Clergé provençal, Diocèse de Sisteron, Prieuré, Prieuré d'Aubignosc, Église Saint-Julien, Histoire paroissiale
