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Description de l'Église Saint-Julien (2)

L’incroyable secret caché derrière des murs d’habitation

Enquête archéologique sur les vestiges d’un édifice médiéval disparu.

L'association Les Amarines tient à exprimer sa profonde gratitude à Jeanine Bourvéau-Ravoux pour la qualité exceptionnelle de ses travaux et de ses recherches. 


Grâce à sa persévérance et à son regard d'experte, un pan méconnu de l'histoire patrimoniale d'Aubignosc est mis en lumière. 


Ce travail de documentation est essentiel pour la transmission de notre mémoire locale.

L'observation des vestiges extérieurs


Nous avons remarqué le côté Ouest du bâtiment habité, accolé à l’église, à chaque angle, en partie basse, un massif de pierres de taille froides sur une hauteur de près de trois mètres. 

Ces massifs ont été reliés et rehaussés jusqu’au 3ème niveau par une maçonnerie utilisant des pierres tout-venant. L’ensemble constitue la façade ouest du bâtiment, percée par une porte en bas et, à chaque étage par une fenêtre et un petit jour carré.

Le massif de gauche (côté sud) est surmonté d’une corniche moulurée faisant office de larmier¹. Sa fondation, composée de grandes pierres de taille dans la partie basse, mesure 0,60 m de hauteur, est plus large et déborde. 

Au massif de droite, le larmier a disparu et la fondation n’est pas perceptible. Ce ne sont pas des caractéristiques de constructions domestiques.



Hypothèse d'une église originelle


Cette façade aux angles appareillés² était à l’opposé au chœur. N’était-il pas possible qu’elle soit la partie Ouest d’une église originelle, bien plus ancienne, et que les bâtiments intermédiaires aient été construits dans le volume primitif disparu de cette église beaucoup plus longue que celle que nous voyons maintenant ?


Seul Raymond Collier³ avait signalé ces pierres de taille : "À l'église est accolé un bâtiment rectangulaire offrant des parties en pierres de taille, notamment deux encoignures en bel appareil moyen, avec une moulure à méplat et cavet ; ces éléments ont pu faire partie d'une église ancienne" sans évoquer qu’il ait pu s’agir de la façade ouest de l’église primitive.


Le tour du bâtiment, effectué à la recherche d’autres éléments extérieurs pouvant porter témoignage d'une architecture religieuse, en dehors de ceux qui appartenaient visiblement à l’église actuelle, a été négatif, à l'exception d'un agneau sculpté ⁴ en méplat sur le linteau de la porte de l’entrée de la partie habitée, située au sud, dans la partie médiane de l'immeuble.



Analyse des façades Nord et Sud


La façade Nord des bâtiments habités est dans la prolongation de celle de la sacristie. Cette façade comporte des redents⁵, des portions disparates, est percée de fenêtres quadrangulaires. Elle est flanquée d'un appentis-garage ouvert du côté ouest. En partie haute, on peut voir des terrasses partielles et des toits à niveaux différents.


La façade Sud des bâtiments habités vient s'appuyer, en angle droit, à l'aile sud saillante du bas-côté de l'église, celle où se trouve la porte. Sur cette façade aussi, il y a plusieurs types d'ouvertures et la porte d'accès aux logements, au sommet d'un petit escalier plaqué à la paroi, est celle qui est, curieusement, surmontée de l'agneau sculpté.



Exploration des intérieurs et découvertes structurelles


Jeanine Bourvéau raconte : 

L'occupant d’un des appartements, intrigué par ma présence, a eu l'amabilité de me montrer son logement loué à la mairie. 

Ce logement montrait une particularité surprenante : une division intérieure par un très gros mur, parallèle à la façade ouest, particularité que l'on retrouvait dans le logement au-dessus de sien, de plan identique à l'exception d'une pièce supplémentaire.

La partie basse du bâtiment était occupée par une autre famille qui, elle, en était propriétaire. La mère de famille m'a, elle aussi, fait visiter ses locaux qui occupent tout le bas ainsi que la partie centrale de l’immeuble. De composition très compliquée, cette partie privée, dont les parties basses sont traitées en cave et écurie, ont des fondations constituées de très gros galets roulés par la Durance, et certains murs comportent ses parties montées en arête de poisson. Elle est mitoyenne de l'église.

Elle est aussi mitoyenne de la partie suivante, constituée par les appartements de la mairie. Sur le coté latéral nord, au second niveau, une très petites pièce, aux murs très épais m’a permis de découvrir un clocher carré, accolé à la façade nord et englobé dans l’ensemble de la maçonnerie.



Reconstitution du plan d'ensemble


Jeanine Bourvéau raconte : 

Ces observations m'ont incitée à approfondir mes recherches. J'ai pu obtenir, le plan de l'église, dressé par les Service des Bâtiments de France, confirmant l'aspect tronqué de celle-ci. Une autre recherche, auprès de l’organisme H.L.M., me permit d'obtenir les plans des deuxième et troisième niveaux de la partie habitée, établis par la D.D.E. à l’époque de la restauration des logements par la mairie.


Une fois les deux plans mis à la même échelle et juxtaposés, il en est résulté une surprise de taille : une étonnante reconstitution du plan d’ensemble d'une grande église dont aucun des propriétaires ne semble avoir soupçonné l'existence.


En tous cas, ni la mairie, ni les services de l’architecte des bâtiments de France, n'ont exprimé qu’il s’agissait des restes d’un même bâtiment religieux dont les parties centrales, en partie détruites au cours des temps, avaient été utilisées comme bases pour la construction d'un bâtiment d'habitation et à vocation agricole.


En effet, une partie de l'église, le chœur et les deux dernières travées, semblent être restés dans leur élévation originelle ou ont été rebâtis en suivant le même plan. À l’autre extrémité semblent être restée la façade occidentale et le porche (?) qui la précédait. La partie centrale de la nef, constituée de deux travées a du s'effondrer, il y a déjà fort longtemps, ne laissant debout qu’une partie des bases des murs latéraux et les trois premiers niveaux du clocher.



Mutation architecturale et usage agricole


En fait, les bâtiments qui font suite à l’église ont été construit dans les volumes disparus de l’église primitive. 

On s’est servi des fondations ou des parties restantes des murs gouttereaux ⁷ (au nord et au sud). À l’emplacement des doubleaux des deux travées effondrées, on a établi des murs en travers de l’église, en les établissant sur les pilastres qui avaient servi d’appui à ces derniers.⁸

Enfin, on a surélevé les deux massifs en pierres de taille, qui m’étaient apparus comme les restes d’un porche, jusqu’à la hauteur de la façade primitive créant ainsi une nouvelle façade.


Ainsi, on a constitué, au milieu de l’ancienne église, un secteur consacré au stockage des foins et blé et un autre secteur, en partie ouest du bâtiment, pour l’habitation des ecclésiastiques. 

Cette description correspond à l’état du bâtiment depuis 1740. Il existait, tel quel, avant cette date. Le devis de réparation en décrit l’arrangement déjà à cette époque.


L’ensemble a été complété plus tard par bâtiment établi contre la partie nord, sur un gros mur, en alignement avec la sacristie. Il a englobé les trois premiers niveaux du clocher effondré partiellement. Ce bâtiment contient une cuisine avec une chambre au dessus, des escaliers ainsi qu’un passage, en rez-de-chaussée et une petite chambre au dessus. 



Description de la partie habitation


L’intrication et la complexité des éléments intérieurs m’ont fait choisir des plans, établis par les architectes et complétés ou établis par moi-même (Jeanine Bourvéau), pour rendre cet édifice plus facile à comprendre. Voici une description sommaire des parties intérieures numérotées et leurs intrications.



Disposition détaillée des pièces dans la vicairie d'Aubignosc


  • Pièce 1 : chambre, actuellement. On y élevait des cochons au début du XXème siècle.

  • Pièce 2 : écurie, au même niveau, sol terre battue. Elle est couverte d’une voûte portée par de arcs plaqués sur les parois est et ouest. On y entrait les bêtes par l’ouverture entre la pièce 2 et la pièce 12. Deux fenières alimentaient les animaux.

  • Pièce 3 : cave s’ouvrant au pied du clocher par destruction du mur et des fondations suite à la nécessité d’y faire entre des barils (débuts XXème s.). On y entrait auparavant par une ouverture du plafond dans la pièce 4, près de l’escalier. Cette cave a été creusée dans le substrat et on peut y voir les premières assises des fondations en gros galets de la Durance posés sur la roche.

  • Pièce 4 : grenier à blé, située au dessus de la cave. On y accède à partir de l’écurie en montant par une porte d’époque romane (à grands claveaux) qui s’ouvre vers la pièce 4. On remarque qu‘un de ses claveaux est fendu par un tremblement de terre d’après M. Buccio, archéologue départemental. La différence de niveau d’avec l’écurie est d’environ 1m 20. Le niveau de son sol est à peu près celui de l’église mitoyenne. On y trouve aussi un escalier, établi contre le mur sud qui permet de monter à l’étage au dessus et dans les appartements. Il a été reconstruit en 1740 à la place d’un escalier qui existait avant. On pénétrait dans le bâtiment par une porte qui était établie sous l’escalier actuel, au niveau de la rue. Elle a été bouchée en 1740 et remplacée par un perron surélevé. On y trouve surtout deux colonnes, bien bâties, en pierres taillées sur lesquelles le mur mitoyen de l’église actuelle s’appuie. Un début d’escalier s’enroule autour de la colonne sud, il s’arrête au mur de l’église à travers lequel il devait passer.

  • Pièce 5 : constituée dans ce même grenier à blé par une partition de la partie nord du grenier.

  • Pièce 6 : Très petite pièce ayant un rôle de passage entre l’espace 4/5 et l’espace 8, en traversant deux très gros murs. C’est l’intérieur du clocher-tour, accolé l’église sur sa façade Nord englobé dans la construction de l’habitation qui est venue se plaquer la façade nord de l’église. Son élévation existe jusqu au sol du 3ème niveau. On peut y voir la trappe qui s’ouvrait dans le plafond et devait permettre de monter par une échelle au sommet du clocher. Cet espace donne aussi accès, à mi-hauteur à un 2ème escalier, allant du rez-de-chaussée (cuisine) à la chambre au dessus.

  • Pièce 7 : grenier à foin (au dessus de l’espace 4/5). On y retrouve les colonnes contre le mur ouest de l’église. Celle au nord semble avoir été reconstruite, elle se termine avec des pierres tout-venant. Elles ne semblent pas avoir été édifiées pour soutenir ce plafond. C’est de cette pièce que l’on envoyait le foin pour alimenter les bêtes de l’écurie. Curieusement il a la trace, au ras du sol, d’une ouverture qui donnait sur l’église.

  • Pièce 8 : très petite chambre, accolée au clocher, au dessus du couloir 11.

  • Pièce 9 : Cuisine, (extérieure à l’église) entre la sacristie et le clocher. Celle-ci possédait sur le mur est qui est contigu au sous-sol de la sacristie, un four à pain qui a été détruit. Ce four était installé classiquement sous le manteau de la grande cheminée qui existe toujours.

  • Pièce 10 : chambre, (extérieure à l’église et au dessus de la cuisine). Elle comporte un placard construit dans l’embrasure d’une baie romane qui éclairait l’église et a été transformée en niche, côté église (Chapelle de la Vierge).

  • Pièce 11 : couloir (Extérieur à l’église) entre la cuisine et le garage (pièce 12). Ce passage longe le mur nord (anciennement extérieur) du clocher.

  • Pièce 12 : garage ouvert côté ouest, appuyé contre le mur nord de l’église. On y voit le mur extérieur ouest du clocher et sa maçonnerie qui se distingue du reste du mur par un coup de sabre. On y trouve aussi un chapiteau, sans décor, remployé, dans l’angle de la fenêtre donnant sur la rue. Autre particularité une voûte d’arêtes le couvre.

  • Pièces 13 : appartement du 2ème niveau. Il est coupé par la façade originelle comme le suivant.

  • Pièces 14 : appartement du 3ème niveau. Il possède une pièce supplémentaire, construite au dessus du grenier à foin.

  • Pièce 15 : pigeonnier accessible par une trappe à partir du grenier à foin (pièce 7).



Analyse historique et questions archéologiques


Quelques recherches en archives n’ont pas permis de déterminer quand les superstructures centrales de l’église se sont effondrées. 

Tremblement de terre ? Incendie ? Destruction due à des conflits guerriers ? Depuis très longtemps en tous cas, puisque ces bâtiments sont désignés dans les textes comme presbytère et auraient servi de logement au clergé de la cathédrale de Sisteron au temps de la peste en 1514.


En effet, les archives concernant les propriétaires seigneurs ou ecclésiastiques décrivent leurs droits et revenus. Elles ne décrivent pas l’état physique des biens. Donc nous manquons de données. 


Ces éléments matériels peuvent être décrits dans les prix-faits (devis) passés devant les notaires. C’est donc là qu'il faut chercher. Mais les notaires n’existent pour Aubignosc que depuis décembre 1544. Ils sont pour moi indéchiffrables pour cette époque. J’ai trouvé des devis vers 1740 ⁹. Il décrit des aménagements réalisés et qui existent toujours dont l’escalier intérieur, le perron, le logis du curé : salon, cuisine au 2ème niveau et différentes chambres au 3ème niveau et par ailleurs le grenier à blé, à foin, l’écurie, les fenières.

Il ne parle absolument pas de la partie plaquée contre l’église, au nord, qui devrait dater de fin XVIIIe, au mieux. 


Les recherches visuelles sur les maçonneries actuelles, compte tenu des crépis, n’ont permis que des datations partielles d’éléments et pas une datation architecturale de l’ensemble. Bien des parties du bâtiment restent inconnues ou non datables. Ayant subi une ou plusieurs destructions, dont on ignore les dates, l’organisation de l’intérieur a subi plusieurs remaniements.



Étapes de construction et hypothèses chronologiques


Au terme de cette étude, nous pouvons imaginer les étapes et les hypothèses suivantes :

  • Époque pré-romane (avant le XIe) : restent les bases et leurs fondations en grosse galets de la Durance.

  • Époque romane (XIIe XIVe) : destruction de l’intérieur de l’église ?

  • Époque romane tardive (XIVe ou XVe) : une habitation est constituée dans la partie ouest, avec des niveaux différents de ceux actuels. Il en reste la porte romane. On entrait donc dans le logis par le compartiment central des restes de l’église.

  • Avant 1740 : d’après le devis retrouvé⁹, pour entrer dans la partie centrale du bâtiment une porte ancienne existait dans la façade sud au même niveau que celle de l’église actuelle. Elle a été détruite pour construire le perron. La porte était entourée de pierres brochées¹⁰ que l’on a réutilisées pour la porte de l’habitation actuelle et la pierre sculptée d’un agneau vient de cette ancienne porte.

  • XVIe siècle (?) : construction de deux colonnes d’un mètre de diamètre pour soutenir les restes de la voûte (?). L’idée qu’elles aient participé à une première église sur le modèle de Saint-Donat ou Saint-Martin de Volonne a été écartée car il subsisterait des bases d’autres colonnes. Ces colonnes sont construites avec grand soin.

  • XVIIe siècle (?) : utilisation de pierres grises et froide de Lure pour construire deux contreforts, de facture différente du reste de la maçonnerie de l’église, pour soutenir les extrémités de la façade ouest. On peut voir cette façade dans le deuxième gros mur qui monte jusqu’au sommet de la construction. L’idée d’un porche a été écartée car cette entrée ouest aurait nécessité des escaliers. Ces massifs dénotent plutôt des contre forts (1m 47 de largeur). À la même époque, a été construite la voûte sur arcs de l’écurie.

  • XVIe / début XVIIe : ajout d'une sacristie à l‘église. Il existe un espace funéraire au dessous.

  • 1740 : réparation de la muraille sud (éventrée) entre l’église et l’habitation.

  • XVIII/début XIXe (?) : création du four à pain dans l'espace sous la sacristie.



Le cas particulier du clocher


Par ailleurs le clocher, qui représentait une masse considérable, a probablement résiste aux destructions successives. Il contrebutait la paroi Nord de l’église qu’il a pu soutenir et qui grâce à sa présence a pu être conservée. il adonc été englobé dans le bâtiment qui plaque l’église au nord.

Le clocher, dans le plan général de l’église, a une position bien avancée si on le compare aux clochers des églises locales (Ganagobie, Mallefougasse ou Cruis). 

Y a-t-il eu un premier chœur détruit qui aurait été la place de la première travée de l’église actuelle et une reconstruction de l’église plus à l’Est dans un deuxième temps ? 

Car en effet, le plan de l’église originelle semble bien long avec ses quatre travées. 

Dans cette hypothèse, les colonnes avaient-elles leur utilité pour soutenir une toiture charpentée, à l’entrée du chœur disparu, et elles seraient bien plus anciennes que leur date supposée.

Le clocher était encore en fonctions en 1656 (prix-fait de réparations qui l’ont concerné et rabaissé) et on a construit le bâtiment qui vient se plaquer au nord et qui solidifie l’ensemble (XVIIIe ?).



Énigmes persistantes


La cave actuelle était elle une crypte funéraire ? Participait-elle à un ensemble de tombeaux qui existeraient encore sous l’église actuelle (dont le tombeau des vicaires ?) 


Les dénivelés de l’ensemble des constructions avec la partie au sud plus haute que la partie nord se comprennent, il s’agit de la pente naturelle du terrain, mais ils deviennent anormaux dans l’axe de l’église : pourquoi les bâtiments à l’ouest sont ils installés plus bas que les bâtiments à l’est ?

Conclusions


Aubignosc réserve aux chercheurs encore beaucoup de surprises. 


Il faudrait vérifier l’hypothèse que Châteauneuf-Val-Saint-Donat a été le château donné à Montmajour. Peut-être y a-t-il des éléments dans l’Histoire de Montmajour ? 

Il conviendrait aussi de déterminer s’il y avait une tour à l’emplacement du château d’eau.


L’origine de l’église peut remonter avant le XIe siècle. Son emplacement en plaine et à l’extérieur du castrum, laisse penser qu’elle était antérieure à celui-ci. Elle aurait dû normalement se trouver plus près du château, elle existait donc déjà avant la construction de celui-ci. C’est donc probablement un ancien établissement datant du Haut-Moyen-âge, sur une route de passage, asile proche de l’ancienne voie Domitienne encore pratiquée dans les temps médiévaux.


Tout ceci laisse penser qu’à Aubignosc, à la suite de l’exploitation gallo-romaine importante qui a été découverte à un 1 km à vol d’oiseau du village, on peut retrouver l’histoire classique de la succession des grands domaines gallo-romains, devenus villae au Haut-Moyen-âge avec, d’une part, les marques de la chrétienté sous forme d’église d’accueil et, d’autre part, l’accaparement féodal ultérieur débutant par une motte, vers l’an Mil.


Ce qui est certain c’est que l’église mérite une étude archéologique et des fouilles pour déterminer ses origines, certainement beaucoup plus anciennes que la date notée sur la porte signifiant simplement la date d’une restauration. Nous espérons que l’attention portée à cet édifice suscitera d’autres recherches.


Jeanine Bourvéau-Ravoux

Novembre 2022

Notes complémentaires apportées par l'association Les Amarines


¹ Un larmier sert à éloigner l'eau de pluie de la surface du mur. Ici, la présence d'un larmier mouluré sur un massif de pierres est un indice précieux : cela prouve que cet élément était autrefois à l'extérieur et qu'il a été conçu avec un certain soin architectural, ce qui appuie l'idée qu'il ne s'agit pas d'une simple construction domestique mais bien d'un reste d'édifice plus prestigieux (religieux).


² L'expression « façade aux angles appareillés » désigne une technique de construction où les coins (les angles) d'un bâtiment sont montés avec un soin particulier, en utilisant des pierres de taille spécifiques, massives, signe d'une construction noble et durable.


³ COLLIER Raymond (1913-1989), "Haute Provence monumentale et artistique" p. 213.


⁴ La présence d'un agneau sculpté en méplat sur le linteau de la porte d’entrée sud est un élément symbolique et archéologique capital. La sculpture en méplat consiste à enlever de la matière autour du dessin pour que la figure se détache en faible relief, avec une surface plane. C’est une technique très ancienne, caractéristique de l’art roman précoce ou du début de l’époque gothique dans nos régions. L'agneau est le symbole chrétien par excellence : il représente le Christ ("l'Agneau de Dieu"). On le retrouve quasi exclusivement sur des édifices religieux : au-dessus des portails d'églises, sur des clefs de voûte ou des linteaux de presbytères. Sa présence ici, sur une porte d'habitation, confirme que cette partie du bâtiment avait une vocation ecclésiastique (le logis du curé ou la vicairie). 


⁵ Un redent (parfois écrit redan) désigne un décrochement en forme de marche d'escalier sur le profil d'un mur ou d'une toiture. Ici, la présence de redents sur la façade Nord (qui prolonge la sacristie) est un indice fort de l'histoire mouvementée de l'édifice. Les redents permettent de rattraper la pente naturelle du terrain (très marquée à Aubignosc entre le sud et le nord) sans créer de trop grandes surfaces de murs lisses.

Très souvent, les redents apparaissent lorsqu'on reconstruit un bâtiment en s'appuyant sur les restes de murs anciens de hauteurs différentes. Ils témoignent de "portions disparates" : on a "bouché les trous" entre des morceaux de l'église romane et les nouvelles constructions civiles. Le fait que cette façade Nord comporte des redents et soit percée de fenêtres quadrangulaires renforce la conclusion de Jeanine Bourvéau : ce n'est pas une façade construite d'un seul jet, mais un assemblage complexe réalisé après l'effondrement de la nef centrale. On a utilisé les "moignons" de murs restants pour remonter une paroi habitable, créant ces décrochements caractéristiques.


⁶ Cette découverte est sans doute la preuve structurelle la plus spectaculaire de l'étude de Jeanine Bourvéau. Elle confirme que l'habitation actuelle n'est pas seulement « à côté » de l'église, mais qu'elle a littéralement absorbé une partie de l'édifice religieux d'origine. 

Dans l'architecture romane de Provence, le clocher n'était pas toujours placé au-dessus du chœur ou de la façade. Il était souvent accolé, c'est-à-dire construit contre l'un des murs latéraux (ici le mur Nord).

À Aubignosc, ce clocher servait aussi de contrefort massif : sa structure très épaisse permettait de soutenir la poussée de la voûte de la nef de la grande église originelle. Dire qu'il est « englobé dans la maçonnerie » signifie que, lors de la destruction partielle de l'église (la nef centrale), le clocher est resté debout grâce à sa robustesse.

Au lieu de le démolir, les constructeurs des bâtiments civils (probablement au XVIIe ou XVIIIe siècle) ont monté les nouveaux murs de la maison autour et contre lui.

Résultat : de l'extérieur, le clocher a disparu visuellement derrière des façades d'habitation classiques. Il est devenu "invisible".

Le clocher est situé en plein milieu de ce qui est aujourd'hui une habitation. Sa présence prouve que l'église était autrefois beaucoup plus longue. Cela valide la reconstitution de Jeanine Bourvéau : le bâtiment d'habitation actuel occupe précisément l'espace de l'ancienne nef.


⁷ Les murs gouttereaux sont les deux murs latéraux qui soutiennent les versants du toit et qui reçoivent les chéneaux ou les gouttières (d'où leur nom). Si les murs gouttereaux d'origine (ceux de l'église de quatre travées) n'avaient pas été conservés en partie, les maisons actuelles ne seraient pas parfaitement alignées avec l'église actuelle. Leur présence prouve que le plan de l'immense édifice médiéval sert encore aujourd'hui de "squelette" aux habitations.


⁸ Cette démonstration technique explique comment une église monumentale a pu être transformée en habitation civile en utilisant sa propre structure comme squelette. Les constructeurs des maisons n'ont pas placé leurs murs intérieurs au hasard.

Comme les pilastres de l'ancienne église étaient extrêmement solides et possédaient des fondations profondes (pour porter la voûte), on s'en est servi comme points d'ancrage.

À l'endroit précis où se trouvaient les arcs (les doubleaux) des deux travées qui se sont effondrées, on a simplement monté des murs droits "en travers".

Cela a permis de diviser l'immense volume vide de la nef en plusieurs pièces fermées, plus faciles à chauffer et à habiter, tout en garantissant la solidité du nouveau bâtiment puisqu'il repose sur les appuis massifs de l'église d'origine.

Pourquoi est-ce une preuve archéologique majeure ?

Cela explique pourquoi les murs intérieurs des appartements actuels (ceux visités par Jeanine Bourvéau avec les locataires et propriétaires) sont si épais et espacés de manière régulière. Ils suivent le rythme des anciennes travées de l'église disparue.

C'est cette régularité, calquée sur les pilastres, qui vous a permis de superposer les plans et de confirmer que l'église faisait bien quatre travées de long à l'origine.


⁹ A.D.04 Devis de réparations à faire à la maison claustrale du lieu d’Aubignosc (25/09/1740)


¹⁰ Le brochage est une technique très courante de l'époque médiévale jusqu'au XVIIIe siècle. Elle montre que ces pierres ont été travaillées à la main, avec un soin particulier pour l'encadrement d'une ouverture. La pierre sculptée de l'agneau vient de cette ancienne porte. L'association des pierres brochées (travail de structure) et de l'agneau sculpté (décor sacré) confirme que cette porte disparue était l'entrée principale et noble d'un bâtiment ecclésiastique.


📌 Sources

Cet article a été rédigé par Jeanine Bourvéau, et est le fruit de son travail documentaire et historique.

Aubignosc, Bignosc, Histoire paroissiale, Église Saint-Julien, Église Saint-Julien l'Hospitalier, Prieuré d'Aubignosc, Archéologie

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