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Histoire de l'Église Saint-Julien

Un sanctuaire aux portes du village

Une église née au bord de la via Domitia, refuge de voyageurs, prieuré disputé entre Cruis et Sisteron, et témoin de huit siècles de vie paroissiale.

Au pied de la colline où s’élevait jadis le château d’Aubignosc, l’église Saint-Julien veille depuis le Haut Moyen Âge sur les habitants, les voyageurs et les pèlerins empruntant les voies anciennes.
Hors de l’ancien castrum, établie près d’une source et de la route historique, elle fut tour à tour prieuré de Cruis, refuge provisoire du chapitre de Sisteron et cœur religieux du Bignosc.
Son histoire, complexe et profondément ancrée dans celle du village, accompagne les transformations du territoire jusqu’au XIXᵉ siècle.

Un sanctuaire pré-castral au pied du château : l’emplacement fondateur de Saint-Julien


Située dans la plaine, au pied de la colline du château, l’église Saint-Julien se trouve en dehors de l’enceinte primitive et n’a probablement pas fait partie du castrum originel (Fig. 1 – Plan napoléonien du village).
Proche du cimetière auquel elle est associée depuis longtemps, elle est orientée traditionnellement, son chevet tourné vers l’est. À quelques mètres, une source captée au pied du tertre d’Aubignosc — qui a donné son nom au quartier de la Cure et de la Font — explique l’installation très ancienne de l’église à cet emplacement stratégique.

Sa proximité de la via Domitia, encore empruntée au Moyen Âge par les voyageurs et les pèlerins vers Rome, renforce l’hypothèse d’une église d’accueil. Son vocable le confirme : saint Julien, protecteur des voyageurs, est fréquemment invoqué dans les sanctuaires établis près des chemins.
L’église Saint-Julien s’inscrit ainsi dans la tradition des lieux de culte pré-castraux, apparus avant la création des villages fortifiés et destinés à offrir halte, prière et protection.


Saint Julien l’Hospitalier : le protecteur des voyageurs


Selon la tradition, saint Julien l’Hospitalier, figure populaire du Moyen Âge, est un noble qui, après une faute tragique, se voua à expier sa faute en offrant gîte et assistance aux voyageurs les plus pauvres. Il bâtit avec son épouse un hospice près d’un grand fleuve, où il passait les nuits à accueillir pèlerins, malades et naufragés. Une nuit d’hiver, il sauva un voyageur mourant de froid — qui se révéla être le Christ lui-même venu lui annoncer son pardon.


Éléments trouvés sur l’histoire de l’église


Fin du Moyen Âge – Règne de Philippe III puis Philippe IV (1274–1316)


1274 — Pouillés des diocèses : Aubinosc – St-Julien d’Albinoscho.
1274 — Les comptes des décimes citent saint Julien d’Aubignosc, confirmant la dédicace à ce saint des voyageurs.

1308 — Parmi les biens échangés entre l’évêque de Sisteron Jacques Gantelmi et Jacobus Buaymandi, prévôt de Sisteron, figurent les quartes de dîmes des églises d’Aubignosc, de Château-Arnoux et de Castro Novo Carbonario, données au prévôt.


Crises médiévales – Règne de Philippe V, Charles IV, Philippe VI et Jean II (1316–1380)


1347-1348 — Période de la peste noire. 

À l’évêché de Sisteron, les chanoines prébendés tiennent des prieurés, dont celui d’Aubignosc dépendant de Cruis. L’évêque et les chanoines y exercent divers droits sur les revenus. Cette situation perdure au moins jusqu’en 1646.


Fin de la guerre de Cent Ans – Règne de Charles VI et Louis XI (1380–1483)


1420 — Mention des droits de l’évêque de Sisteron sur l’église d’Aubignosc.
1420 — L’évêque perçoit la dîme tous les quatre ans à Sisteron.
1420 — Réduction du quatron de bleds perçu au prieuré du Bignosc Saint-Julien.
Étienne Masseti est alors prieur d’Albignosco (acte au castrum de Lurs).


Renaissance – Règne de Charles VIII à Henri IV (1483–1610)


1514 — Durant la peste à Sisteron, le chapitre cathédral se réfugie à Aubignosc. Sans doute dans la vicairie, ce qui implique l’existence d’un logement attenant suffisamment vaste.

1558 — Fondation de la cure d’Aubignosc par le révérend père de Villeneuve.

1591 — Insinuations et provisions du prieuré de Saint-Julien du lieu de Binosc pour Messire François Guillermin.

1601 — Nouvelle implantation du village au Forest d’Aubignosc (ou près de l’église ?).
1601 — Antoine Mottet nommé curé de la paroisse Saint-Julien. L’évêque le nomme : il n’y a donc plus de véritable prieur régulier, seulement un prieur commendataire sans rôle spirituel.

XVIIᵉ siècle — Le prieuré séculier Saint-Julien apparaît dans les bénéfices du diocèse de Sisteron.


Grand Siècle – Règne de Louis XIII et Louis XIV (1610–1715)


1613 — Le prieur donne au curé Messire Chieusse une maison, ses dépendances et un jardin enclos.

1615-1632 — Guillaume Chieusse, vicaire de la paroisse.
1624-1629 — Le prieuré régulier revient à des chanoines de Cruis (ordre de Saint-Augustin).

1633 — La vicairie perpétuelle de Saint-Julien du Bignosc est confiée à Jacques Chieusse.

1646 — Le prieuré Saint-Julien dépend toujours de Saint-Martin de Cruis.
1648 — Litige concernant l’économe de Sisteron, représentant le prieur du Bignosc.

1656 — Devis de réparations à l’église et au clocher par M. Formel, maçon de Peyruis. Le porche baroque actuel, à fronton interrompu, date vraisemblablement de cette campagne. Peut-être lié à un changement de dépendance entre Sisteron et Cruis.

1662 — Date portée sur la porte de l’église (réfection probable).
1663 — Date sur une tombe de la sacristie.

— Jacques de Macailis, abbé du Binosc, chanoine de Sisteron, fils d’Honoré de Macailis, seigneur du Bignosc.

1674 — L’économe de Sisteron perçoit la dîme des grains au prieuré de Saint-Pierre de Peipin ; le canton du Bignosc y est annexé.

1632-1677 — Jacques Chieusse, vicaire, restaure l’église et fait construire l’église du Forest.

1686 — Inventaire après décès de Jacques Chieusse, vicaire.
1677-1690 — Vincent Pons, vicaire.

1701 — Prieur : Messire de Thomassin, évêque.

1713 — Fondation d’un autel Notre-Dame de l’Annonciation.
1714 — Ensevelissement de Jean de Laidet, seigneur du Bignosc, dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste (sacristie actuelle).


Siècle des Lumières – Règne de Louis XV (1715–1774)


1730 — Charles Guigues, prêtre et curé du Bignosc.
1730 — Bénédiction de la cloche donnée par feu Jean Bayle.

1690-1737 — Charles Guigues, vicaire, enseveli dans la tombe des vicaires.
1734 — Mort de Jacques Mauduech, prêtre, enseveli dans la même tombe.

1739 — Messire Bourgerel, vicaire.

1741 — Messire Joseph Bougerel détaille les travaux en cours.
1741 — Visite de la maison curiale et réception des ouvrages.

1748 — Nouvelle mise aux enchères des réparations à la maison curiale.
1748 — Litige entre le prieur et le curé sur les travaux de la chapelle du Forest.

1751 — Réparations de la main courante du perron.
1751 — Requête des habitants du Forest pour obtenir leur propre paroisse.

1737-1753 — Joseph Bougerel, vicaire ; Grégoire Mottet, curé.

1754 — La chapelle du Forest devient succursale de Saint-Julien. Elle fonctionne, mais baptêmes et mariages restent célébrés à Aubignosc.

1755 — Saint-Julien, bénéfice du diocèse de Sisteron, est uni au séminaire de la Sainte-Garde. La dépendance envers Cruis disparaît définitivement.

1757 — Bougerel enseveli dans la tombe des vicaires.
1757 — Nouvelle réparation de la main courante.

1769 — Visite épiscopale ; compte-rendu concernant la chapelle du Forest.

1753-1794 — Jean-François Tartonne, vicaire puis curé.


Fin de l’Ancien Régime – Règne de Louis XVI (1774–1791)


1753-1794 — Jean-François Tartonne, vicaire puis curé.
1791 — Il prête serment à la constitution civile du clergé avec J.L. Suquet du Forest.

1790 — État des lieux : au quartier de la Cure et de la Font, possession du chapitre et de la Mission de Sisteron. Terres cultes et incultes affermées à Sébastien Maurel et Jean-Pierre Fabre.

Le conseil municipal souhaite acquérir les biens nationaux appartenant à la Mission de Sisteron.

Série 1Q60 article 2/9/554 :
— Jacques Courbon acquiert « la Paroisse » pour cinq livres six sols.
— Jean-Guillaume Imbert acquiert l’édifice national du Forest pour dix livres par an.

Pendant la Révolution, le curé Fabre de Peipin baptise secrètement les enfants et confesse les malades.


Après le Concordat (1801)


Le curé Desmichel (de Peipin) dessert Aubignosc et le Forest.
Succession des curés : Laplane, Laidet, Bertrand, Ubaud, Latil, Lambert, Rochette, Maurel, Chabert.

1844-1847 — La vicairie remise en état.
1849 — Conflit entre le curé Chabert et le maire Roubaud, qui fait appeler un ministre protestant.
Dès 1850 — Succession de curés : Martin, Fabre, Andran, Brunel, Brémond, Daumas, Ayasse, Desdier, Chabrier.

1861 — Fin du récit par le curé Ayasse.


Notes


Le quartier de la Cure

Le terme Cure désigne ici la maison curiale, c’est-à-dire l’ancienne résidence du curé et le centre administratif de la paroisse.
Autour de cette maison s’est formé au fil du temps un petit quartier, regroupant les bâtiments liés à la vie religieuse : presbytère, dépendances, parfois granges ou jardins appartenant au clergé.
On parlait donc du quartier de la Cure pour désigner cette zone proche de l’église et du cimetière.


Le quartier de la Font

Le mot Font vient du provençal fònt (« source ») ou du latin fons.
Ce quartier doit son nom à une source ancienne, probablement l’un des principaux points d’eau d’Aubignosc.
Comme souvent en Provence, un hameau ou un ensemble de maisons s’est développé autour de la fontaine ou du point d’eau, essentiel pour les habitants comme pour les voyageurs.


Les Pouillés sont des registres ecclésiastiques médiévaux qui listent toutes les paroisses d’un diocèse, ainsi que leurs revenus, leurs obligations et parfois les noms des titulaires.
Ils servaient à organiser les impôts du clergé et à connaître précisément les églises dépendantes d’un diocèse. Ici, le document de 1274 confirme qu’il existait à Aubignosc une église Saint-Julien, nommée St-Julien d’Albinoscho.


Les décimes sont des impôts prélevés par l’Église : c’était une fraction (souvent le dixième) des revenus ecclésiastiques. Les comptes des décimes consignaient les paroisses imposées, les montants collectés et les bénéficiaires.

Ils sont essentiels pour retracer l’existence d’une église et son importance économique.


Un chanoine prébendé est un chanoine (membre du chapitre d’une cathédrale) qui reçoit une pré­bende, c’est-à-dire un revenu régulier provenant d’une terre, d’un prieuré ou d’une dîme. Un chanoine prébendé ne réside pas forcément dans le prieuré qui lui fournit ses revenus.
Ainsi, au XIVe siècle, certains chanoines de Sisteron percevaient les revenus du prieuré d’Aubignosc, bien qu’ils n’y habitent pas.


Le quatron signifie littéralement le quart. Le quatron de blé est donc le quart de la récolte de blé due au prieuré par les paysans ou par le détenteur d’une ferme ecclésiastique. Une réduction du quatron de bleds signifie que l’évêque diminue la part de blé que le prieuré d’Aubignosc devait verser, probablement en raison d’une mauvaise récolte, d’une guerre, d’un accord administratif ou politique.


Insinuation :
acte par lequel une nomination ecclésiastique est inscrite officiellement dans un registre public ou diocésain.

Provision : acte par lequel l’évêque confère un bénéfice (prieuré, cure…) à un clerc.

Collation : acte ecclésiastique par lequel un bénéfice est attribué à quelqu’un.
Ainsi, le document de 1591 officialise la nomination de François Guillermin comme prieur de Saint-Julien du Bignosc.


La Sainte-Garde est un établissement religieux situé à Sisteron, fondé pour la formation des prêtres du diocèse, l’enseignement religieux et la gestion de certains revenus ecclésiastiques. À partir de 1755, le bénéfice de Saint-Julien d’Aubignosc est uni au séminaire, ce qui signifie que les revenus de l’église d’Aubignosc servaient désormais au fonctionnement du séminaire. L’abbaye de Cruis n’avait plus aucun droit sur le prieuré.


L’édifice national du Forest
Pendant la Révolution, les biens de l’Église sont confisqués et deviennent « biens nationaux ».
Ils sont ensuite vendus aux enchères. Ainsi, l’édifice national du Forest désigne : la chapelle du Forest, devenue propriété de l’État en 1790, puis revendue à un particulier (Jean-Guillaume Imbert).


📌 Sources

Cet article s’appuie sur le travail documentaire et historique de Jeanine Bourvéau et de l'association Les Amarines.

Aubignosc, Bignosc, Clergé provençal, Prieuré, Église Saint-Julien, Église Saint-Julien l'Hospitalier, Lieu de culte pré-castral, Peste noire, Histoire paroissiale, Diocèse de Sisteron, Abbaye de Cruis

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