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Albinosco

La villa médiévale qui donna naissance à Aubignosc

Le nom ancien d’Aubignosc apparaît en 1040 dans un acte mentionnant une villa et un château neuf. Partez à la rencontre du premier noyau médiéval du village.

Avant de porter le nom d’Aubignosc, le territoire apparaît dans les textes sous la forme Albinosco, terme désignant une villa médiévale, c’est-à-dire un grand domaine rural. 

La première mention de ce nom remonte à 1040 et éclaire les origines médiévales du village.

Les documents conservés permettent de retracer l’existence de cette grande exploitation agricole et de comprendre comment un premier château y fut construit avant l’an mil.

1040 : la première mention d’Albinosco


Le document indique que le nom Albinosco est attesté dans un acte de donation à l’abbaye de Montmajour, daté de 1040, émis par Foulques-Bertrand (Bertrand Ier).

Ce texte¹ contient la formule : « dono partem meam in castello novo quod Gualterius construxit in territorio de villa albinosco », ce qui signifie « Je donne ma part dans le château neuf que Gautier a construit dans le territoire de la villa d’Albinosco. »


Cet acte révèle :

  • l’existence de la villa Albinosco,

  • la présence d’un château neuf construit par Gautier (Gualterius),

  • l’autorité du comte de Provence sur ces terres.


Une villa issue d’un ancien domaine antique


Le terme villa désigne un grand domaine agricole aux débuts du Moyen Âge, dont l’origine est souvent l’Antiquité tardive.


Ce lien est renforcé par la proximité du vaste site gallo-romain des Présidentes, découvert au sud du village.


Ainsi, Albinosco pourrait bien être l’héritière directe d’un domaine plus ancien, déjà structuré à l’époque romaine.


Origine du nom : une racine celtique


Le nom Albinosco / Bignosc pourrait être d’origine celtique et signifier « forêt ».


Cela permettrait d’imaginer qu’une grande zone boisée existait ici au moment où le toponyme s’est formé.


Qui était Gautier (Gualterius), constructeur du “château neuf” ?


Christiane Boekholt a émis l'hypothèse selon laquelle ce Galtarius pourrait appartenir à la lignée de Foucher Ier : Raynald (mentionné en 960), puis Varacon (1010), dont Gautier serait le fils ou le petit-fils. Celui-ci serait mort vers 1045.


Ces filiations restent cependant hypothétiques : les archives ne permettent pas encore d’en confirmer les liens exacts.


Un château neuf… et l’existence probable d’un château plus ancien


Le terme castello novo (« château neuf ») implique l’existence préalable d’un ancien château.


Il pouvait s’agir d’une motte castrale, type de fortification en terre très fréquent avant 1040.


La colline où se trouve aujourd’hui l'ancien château d’eau d’Aubignosc pourrait en conserver la forme.


Une villa sans doute plus vaste que la commune moderne


Une question importante surgit : où se situait ce château neuf ?


À partir de documents ultérieurs (1220), apparaît un Châteauneuf situé à la limite de Château-Arnoux, identifié aujourd’hui comme Châteauneuf-Val-Saint-Donat. 


Pourrait-il s’agir du même château mentionné en 1040 ?

Si tel est le cas, la villa Albinosco devait couvrir un territoire bien plus large que celui d’Aubignosc aujourd’hui, peut-être jusqu’au Val-Saint-Donat et Château-Arnoux — ce qui n’aurait rien d’exceptionnel. 

Dans le polyptyque de Waldade, les villae pouvaient être de taille très variable et parfois très étendues.


Une terre disputée dès le Moyen-Âge


À partir du XIIᵉ siècle, Albinosco/Aubignosc devient un territoire :

  • disputé entre plusieurs familles et seigneurs,

  • concerné par des donations et partages successifs,

  • intégré aux possessions comtales.

Plusieurs transactions montrent que ce domaine représentait un enjeu stratégique et économique dès le XIIe siècle et tout au long du Moyen-Âge.


Conclusion


Albinosco constitue le noyau primitif du territoire d’Aubignosc : un grand domaine rural, probablement héritier du monde antique, doté d’un château neuf avant 1040, et couvert de forêts anciennes qui ont peut-être donné son nom au lieu.


Tous les éléments présents dans les sources médiévales convergent vers cette idée : Aubignosc naît véritablement avec Albinosco.

Notes


¹ Acte de donation de 1040, Foulques-Bertrand / Bertrand Ier — Histoire de Montmajour, Revue Historique de Provence, 1890/9, p. 137.



📌 Sources

L’ensemble des hypothèses repose sur les analyses combinées de plusieurs chercheurs, dont Christiane Boekholt, Jean-Pierre Poly et Jeanine Bourvéau.


Christiane Boekholt (1931-2014) a travaillé plusieurs années aux côtés des responsables de la Conservation des antiquités et objets d'art et du Pré-inventaire des monuments historiques du département dans les années 1970 à 1990. Elle a participé aux travaux d'un groupe d'étude sur les espaces monastiques ruraux en Rhône-Alpes sous la direction de Jean-François Reynaud, dans le cadre du ministère de la Culture, de l'université Lumière-Lyon II et du CNRS.


Jean-Pierre Poly (1941) est professeur émérite d’Histoire du Droit. Il est un spécialiste du droit médiéval et de la féodalité. Sa thèse de doctorat porte sur l’histoire de la société féodale en Provence du IXe au XIIe siècle. Il est partisan de la « mutation féodale ». Il a également travaillé sur l’histoire des mentalités, en particulier à l’anthropologie de la parenté et de la sexualité dans l’Europe médiévale.


Jeanine Bourvéau, archéologue et ancienne présidente de Patrimoine du Pays de Forcalquier.

Moyen Âge, Haut Moyen Âge, Antiquité Tardive, Villa Médiévale, Féodalité, Foulques-Bertrand, Bertrand Ier, Comte de Provence, Abbaye de Montmajour, Châteauneuf-Val-Saint-Donat, Motte Castrale, Aubignosc, Haute-Provence

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