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Description de l'Église Saint-Julien (1)

Un trésor architectural et historique méconnu

Explorez les détails singuliers et les trésors patrimoniaux de ce lieu de culte unique.

Au bas de l’ancien village d’Aubignosc se dresse une église qui intrigue par son plan atypique et son architecture singulière. Des recherches historiques et archéologiques, notamment celles de Jeanine Bourvéau, révèlent que ce lieu de culte est mentionné dès 1274, attestant de sa longue continuité dans le paysage religieux du village.


Séparée aujourd’hui de son cimetière par un passage, et adossée à des bâtiments complexes mêlant propriétés privées et logements municipaux, l’église conserve des éléments uniques : abside voûtée en cul-de-four, bas-côté avec clocher-peigne, pierre d’autel conservée, vitraux du XIXe siècle et une chapelle du rosaire riche en histoire. 


Cet article vous invite à explorer chaque détail de ce patrimoine exceptionnel, en retraçant les aménagements successifs, les travaux de restauration et les secrets qu’abrite l’église depuis le Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle.

I. Description de l’église actuelle


Au-dessus de la porte d’entrée, un dé¹ qui porte une date gravée, 1662, a fait dire quelle datait du XVIIe siècle. Mais ce n'est pas le cas.


Une première mention en 1274² dans les comptes des décimes citent l'église Saint-Julien d’Aubignosc. 


Elle est associée au cimetière du village dont elle est séparée actuellement par un passage qui conduit à une propriété mitoyenne. Le cimetière est en contre-haut et il est enclos dans des murs. 

Sa présence aux côtés de l’église est sans doute très ancienne et il ne fait pas de doute qu’il devait en être plus proche auparavant, sans doute commençait-il au chevet de l’église, c'est-à-dire derrière l’abside³. Il faudrait y faire des fouilles.



II. Situation et accès


La route qui joint Aubignosc à Peipin, d’une part, et d’autre part au Forest et de là au Gravas et Château neuf, passe le long du flan nord de l’église. 


Pour rejoindre l’église à partir du château, un petit chemin est tracé dans la colline. 


Comme tout visiteur de l’église d’Aubignosc, située au bas de l’ancien village, j’ai été intriguée par cette construction atypique, exagérée en largeur par rapport à sa longueur, accolée à un bâtiment d'habitation complexe semblant contenir plusieurs corps de bâtiments avec des toits de hauteurs différentes.



III. L’extérieur de l’église


L’extérieur de l’église, au chevet, on perçoit l‘abside flanquée de la sacristie au nord et au sud, de l’abside plate du bas-côté sur lequel est construit un clocher-peigne⁴. 


Le chevet. Partie située à l’extrémité est (traditionnellement) du bâtiment, derrière le chœur où se trouve l’autel principal. Il se trouve à l’opposé de l’entrée principale de l’église (souvent à l’ouest). C’est le lieu où le prêtre célèbre la messe et où sont concentrés les éléments sacrés. Photo : Jeanine Bourvéau
Le chevet. Partie située à l’extrémité est (traditionnellement) du bâtiment, derrière le chœur où se trouve l’autel principal. Il se trouve à l’opposé de l’entrée principale de l’église (souvent à l’ouest). C’est le lieu où le prêtre célèbre la messe et où sont concentrés les éléments sacrés. Photo : Jeanine Bourvéau

Le bas-côté est aussi long que l'église ; il est en décrochement d’avec le bâtiment d’habitation qui suit sur cette façade sud. 


Il prend le jour par deux fenêtres en arc de cercle, équipées de vitraux géométriques. Il s’ouvre, du coté ouest, par une porte de jolie facture qui est l’entrée de l’église.


Ensemble bâtiment et entrée de l'Église Saint Julien à Aubignosc. Photo : Jeanine Bourvéau
Ensemble bâtiment et entrée de l'Église Saint Julien à Aubignosc. Photo : Jeanine Bourvéau

IV. Le portail et l’entrée


C’est par cette porte excentrée que l’on entre dans l’église. 


Raymond Collier la décrit ⁵ : "Le style du portail correspond bien à la date qui y est inscrite (1662). Porte en plein cintre, encadrée de deux pilastres à imposte d'art toscan ; au dessus, entablement mouluré et fronton brisé à deux ailerons droits, avec niche centrale et deux boules latérales sur socle". 


Au-dessus, un jour est aménagé en arc en plein cintre. Il capte la lumière du coté ouest. 

Pour entrer, il faut descendre trois marches qui sont situées à l’intérieur de l’église.


Porte d'entrée de l'église. Inscription gravée "1662" qui ne correspond pas à la date de construction mais à une réfection. Photo : Jeanine Bourvéau
Porte d'entrée de l'église. Inscription gravée "1662" qui ne correspond pas à la date de construction mais à une réfection. Photo : Jeanine Bourvéau

V. Organisation intérieure


Voici ce qu'en dit Raymond Collier ⁵ : « L’Église paroissiale d’Aubignosc, considérée comme étant du XVIIe siècle est marquée de 1662. La nef est double, la principale comprend deux travées voûtées d'un berceau déprimé que coupe un fort doubleau descendant sans moulure sur deux pilastres saillants : à gauche deux chapelles en arcs brisés. L'abside voûtée en cul de four est nettement plus basse que la nef et dépourvue de cordon. La seconde nef, ou bas côté, à droite, est séparée du vaisseau principal par un gros pilier rectangulaire supportant des arcades en plein cintre. Le doubleau repose sur des pilastres ; le chevet est plat. Il est possible que cette église conserve des restes romans dans le chœur. »


Les deux nefs vues de l’entrée. Photo : Jeanine Bourvéau
Les deux nefs vues de l’entrée. Photo : Jeanine Bourvéau
Mur ouest mitoyen avec la vicairie. Il s’appuie sur deux colonnes. On voit le doubleau qui sépare les travées. Un doubleau est une arche transversale qui sépare les travées d’une nef. Il soutient souvent la voûte et répartit le poids des murs et des voûtes sur les piliers ou colonnes. C’est un élément structurel, mais il a aussi un rôle esthétique, rythmé et harmonieux dans l’espace intérieur. Photo : Jeanine Bourvéau
Mur ouest mitoyen avec la vicairie. Il s’appuie sur deux colonnes. On voit le doubleau qui sépare les travées. Un doubleau est une arche transversale qui sépare les travées d’une nef. Il soutient souvent la voûte et répartit le poids des murs et des voûtes sur les piliers ou colonnes. C’est un élément structurel, mais il a aussi un rôle esthétique, rythmé et harmonieux dans l’espace intérieur. Photo : Jeanine Bourvéau

Seconde nef à deux travées et deux jours. Ici, la “seconde nef” correspond à la nef latérale, pas la nef centrale. Cette seconde nef est divisée en deux segments successifs. Le mot “jour” désigne une ouverture (fenêtre) qui laisse entrer la lumière. Donc “deux jours” veut dire que la seconde nef possède deux fenêtres pour éclairer l’espace. En résumé : il s’agit d’une nef latérale (secondaire par rapport à la nef centrale), divisée en deux travées, et éclairée par deux fenêtres. Photo : Jeanine Bourvéau
Seconde nef à deux travées et deux jours. Ici, la “seconde nef” correspond à la nef latérale, pas la nef centrale. Cette seconde nef est divisée en deux segments successifs. Le mot “jour” désigne une ouverture (fenêtre) qui laisse entrer la lumière. Donc “deux jours” veut dire que la seconde nef possède deux fenêtres pour éclairer l’espace. En résumé : il s’agit d’une nef latérale (secondaire par rapport à la nef centrale), divisée en deux travées, et éclairée par deux fenêtres. Photo : Jeanine Bourvéau

VI. L’abside


L’abside ne possède curieusement qu’une ouverture en plein cintre, du côté sud, elle est ornée d’un vitrail représentant Saint Julien ( XIXème.)


Chœur en cul-de-four. Le terme “cul-de-four” désigne la forme en demi-sphère ou demi-coupole, comme un four à pain renversé. Il se trouve à l’extrémité est de l’église, derrière l’autel principal. Photo : Jeanine Bourvéau
Chœur en cul-de-four. Le terme “cul-de-four” désigne la forme en demi-sphère ou demi-coupole, comme un four à pain renversé. Il se trouve à l’extrémité est de l’église, derrière l’autel principal. Photo : Jeanine Bourvéau

À gauche de l'image : vitrail dans l’abside représentant Saint Julien. À droite de l'image : pierre d’autel portatif. Pratique : le côté portatif permet de célébrer la messe ailleurs, hors de l’autel fixe de l’église. Symbolique : la pierre rappelle l’ancienne tradition d’autels en pierre et symbolise la solidité de la foi. Photo : Jeanine Bourvéau
À gauche de l'image : vitrail dans l’abside représentant Saint Julien. À droite de l'image : pierre d’autel portatif. Pratique : le côté portatif permet de célébrer la messe ailleurs, hors de l’autel fixe de l’église. Symbolique : la pierre rappelle l’ancienne tradition d’autels en pierre et symbolise la solidité de la foi. Photo : Jeanine Bourvéau


VII. Les aménagements du XIXe siècle


C’est l’abbé Joseph Ayasse, curé (1861-1869), qui a fait poser les trois vitraux⁶. 


Il a également fait poser les fonds baptismaux dans la petite nef, face à la porte. Cette cuve baptismale est sûrement l’objet le plus ancien de l’église. Elle ressemble fortement à la cuve d’eau bénite exposée dans l’église de Ganogobie.


C’est encore ce prêtre qui a fait reconstruire l’autel de la Vierge avec son marchepied. Il nomme la chapelle du rosaire qui contient les tombes des vicaires. 


Où se trouve-t-elle? A-t-elle été remplacée par la chapelle actuelle de la Vierge ?


Partie gauche : deux arcs, dont l’un est la chapelle de la Vierge et l’autre est ouvert sur la sacristie. Un arc est une structure en forme de courbe qui supporte un poids au-dessus d’une ouverture (comme une porte, une fenêtre, ou entre deux piliers). Il permet de répartir le poids de la maçonnerie vers les supports verticaux (piliers ou murs). Les arcs sont indispensables pour les voûtes et les plafonds en pierre, car la pierre ne peut pas se tendre comme le bois. Photo : Jeanine Bourvéau
Partie gauche : deux arcs, dont l’un est la chapelle de la Vierge et l’autre est ouvert sur la sacristie. Un arc est une structure en forme de courbe qui supporte un poids au-dessus d’une ouverture (comme une porte, une fenêtre, ou entre deux piliers). Il permet de répartir le poids de la maçonnerie vers les supports verticaux (piliers ou murs). Les arcs sont indispensables pour les voûtes et les plafonds en pierre, car la pierre ne peut pas se tendre comme le bois. Photo : Jeanine Bourvéau


VIII. Le mobilier


Curieusement, l’autel principal est en bois blanc très ordinaire ! Il y existe cependant une pierre d’autel qui a été conservée. 


Quand a-t-on enlevé l’autel de pierres qui devait être plus solennel ?



IX. La sacristie


La sacristie a été sûrement bâtie avant 1663, date que portait une tombe qui s’y trouvait d’après l’abbé Ayasse, mais après l’église, d’ailleurs les tracés des arcs de sa voute d’arête ne sont pas cohérents avec ceux de l’église. 


Elle comporte des caveaux dans son sous-sol.

En 1714, Messire Laidet y a été enterré. Il serait intéressant d’y faire des fouilles. 


Dans l'un de ses angles, on peut voir une petite niche en gypserie qui devait abriter une petite statue.



X. Les œuvres


Quelques tableaux figurent dans l’église dont le mieux conservé est celui la Vierge à l’enfant avec Saint Roch et son chien et Ignace de Loyola. Il est classé monument historique à titre d’objet depuis 1989. 

L’association les Amarines a comme projet de faire restaurer différents tableaux, dont celui qui parait le plus ancien, une Sainte Famille.


À gauche de l'image : niche de la sacristie, en gypserie (travail décoratif réalisé avec du plâtre). La niche sert à exposer un objet ou une statue de façon protégée et décorative. À droite de l'image : "La Vierge à l’enfant, saint Roch, Ignace de Loyola". Le tableau est inscrit au titre des monuments ou objets historiques. Saint Roch : souvent représenté avec une blessure sur la jambe et accompagné d’un chien. Ignace de Loyola : fondateur de la Compagnie de Jésus (Jésuites), souvent représenté en habit ecclésiastique avec un livre ou une croix. Photo : Jeanine Bourvéau
À gauche de l'image : niche de la sacristie, en gypserie (travail décoratif réalisé avec du plâtre). La niche sert à exposer un objet ou une statue de façon protégée et décorative. À droite de l'image : "La Vierge à l’enfant, saint Roch, Ignace de Loyola". Le tableau est inscrit au titre des monuments ou objets historiques. Saint Roch : souvent représenté avec une blessure sur la jambe et accompagné d’un chien. Ignace de Loyola : fondateur de la Compagnie de Jésus (Jésuites), souvent représenté en habit ecclésiastique avec un livre ou une croix. Photo : Jeanine Bourvéau

XI. Un ensemble bâti complexe


Le plan curieux de cette église interroge mais, de plus, elle est accolée à des bâtiments aménagés en logements locatifs par la municipalité, copropriétaire des lieux. 


Par ailleurs, ces bâtiments sont intriqués avec un logement privé biscornu, qui lui, appartient à des particuliers. L'étude des logements mitoyens a permis des découvertes étonnantes.


Pour aller plus loin, lire l'article Description de l'Église Saint-Julien (2)

Notes complémentaires apportées par l'association Les Amarines


¹ Le « dé » est une pierre cubique gravée intégrée au-dessus du portail, servant de repère daté dans l’architecture de l’église. En architecture, le terme « dé » désigne un petit bloc de pierre de forme cubique ou parallélépipédique, souvent intégré dans une maçonnerie.


² Clouzot E., Marseille, B107, Pouillés des provinces d’Aix, Arles, Embrun, p. 113.


³ Le terme « abside » désigne, en architecture religieuse, la partie terminale d’une église, située généralement dans le prolongement de la nef, du côté opposé à l’entrée principale. C’est un espace liturgique essentiel : elle abrite habituellement le chœur, et souvent le maître-autel, elle constitue le point focal de l’église, vers lequel se dirige l’attention des fidèles.

Dans le cas de l’église d'Aubignosc :

  • l’abside est située au chevet (à l’est, traditionnellement),

  • elle est voûtée en cul-de-four,

  • elle est plus basse que la nef,

  • et elle ne possède qu’une seule ouverture, avec un vitrail représentant Saint Julien.


⁴ Un clocher-peigne est un type de clocher caractéristique, très répandu dans le sud de la France et notamment en Provence. Il s’agit d’un mur vertical en prolongement de l’église, percé de trous ou d’ouvertures (arcades) dans lesquels sont suspendues une ou plusieurs cloches. La silhouette évoque un peigne, d’où son nom, à cause des multiples ouvertures alignées en hauteur, souvent à deux ou trois niveaux.

Pour l’église d’Aubignosc :

  • Le clocher-peigne est construit sur l’abside plate du bas-côté (côté sud),

  • Il fait partie de l’architecture originale et contribue au profil singulier de l’église.


⁵ Collier Raymond, Haute Provence monumentale et artistique, p. 213.

⁶ Notes de l'Abbé Ayasse p.50

⁷ Notes de l'Abbé Ayasse p.26



📌 Sources

Cet article a été rédigé par Jeanine Bourvéau, et est le fruit de son travail documentaire et historique.

Aubignosc, Bignosc, Histoire paroissiale, Église Saint-Julien, Église Saint-Julien l'Hospitalier, Prieuré d'Aubignosc, Archéologie

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