
La saga des Glandevès (1200-1700)
Du fracas de la cité disparue aux fastes des terres provençales
Plongez dans le destin oublié d'une lignée qui a façonné le visage de nos terres.
Plonger dans l'histoire de la maison de Glandevès¹, c'est remonter aux sources mêmes de la puissance féodale en Provence. Si le nom de cette illustre lignée résonne encore aujourd'hui, c'est qu'il est indissociable du destin de la cité disparue de Glandèves, ancien comté et siège d'un évêché dont l'aura a marqué les siècles médiévaux.
Des anciens seigneurs bâtisseurs, qualifiés de fondateurs de la cathédrale, jusqu'aux figures marquantes de la noblesse de robe et de l'ordre de Malte, cette dynastie a su tisser une toile d'alliances stratégiques à travers toute la région.
Qu'il s'agisse des branches de Thorame, de Gréoux ou des seigneurs du Bignosc, chaque génération a laissé une empreinte durable sur nos terroirs. À travers les chartes anciennes et les actes notariés du XVIIe siècle, découvrez le destin de ces hommes et de ces femmes qui, par leurs terres et leur influence, ont façonné l'histoire de la haute et de la basse Provence.
I. Identité et symbolique
Devise : « Fierté de Glandevès » et/ou « Témérité et fierté ».
Armoiries : « Fascé d'or et de gueules de six pièces ».
Supports ou tenants : deux lions d'or.
Couronne : de baron.
II. Origines, racines et ascension
Le nom de cette illustre famille provient de la ville de Glandèves (prononcée Glandevas en provençal), ancien siège d'un évêché portant le titre de comté.
Le premier membre connu est Anselme Féraud, seigneur de Thorame, vivant en 1235.
Ayant des droits considérables sur le territoire de Glandèves (autour d'Entrevaux), il en adopte le nom. Sa descendance a toujours joui d'un rang éminent parmi la noblesse de Provence, contractant de nombreuses et profitables alliances.
L'histoire du site de Glandèves est millénaire : un certain Nilo Montanus est qualifié de comte de Glandèves dans une charte de l'église d'Apt en 835.
Les chartes de l'abbaye de Saint-Honorat de Lérins précisent que cette ville conserva ce titre jusqu'en 1100. Elle fut détruite par les troupes de Raimond Roger, vicomte de Turenne, et il n'en reste que son église, toujours cathédrale de l'évêché de Glandèves, dont le siège fut transféré à Entrevaux.
Les anciens seigneurs, qualifiés dans certains titres de « fondateurs de cette église », étaient très puissants dans le pays.
III. Filiation, branches et ramifications
La famille possédait plusieurs branches.
Anselme de Glandevès épousa l'héritière de la maison Giraud et eut pour fils Guillaume de Glandevès, seigneur de Thorame, qui acquit en 1382 la terre de Châteauneuf-le-Charbonnier, dans le diocèse de Sisteron.
Plus tard, Antoine de Glandevès, seigneur de Thorame, laissa un fils, Toussaint de Glandevès-Cuges, évêque de Sisteron de 1606 à 1647, reconnu comme l'un des plus beaux esprits du siècle.
Selon l’État de la noblesse en Provence (2 volumes in-12), Guillaume de Glandevès, seigneur de Cuers, épousa en 1379 Briande de Brian, fille de Louis, vicomte de Valard.
Ils eurent trois fils : Isnard, Victor et Reymond. Ce dernier fut seigneur de Gréoux et fonda la branche dont sont issues celles des seigneurs de Reillanette, de Peipin, du Bignosc, de Faucon, de Mirabeau et de Chabrières.
Hélion de Glandevès descendait donc du seigneur de Gréoux.
IV. Faits marquants et vie seigneuriale (XIIIe – XVIIe siècle)
La famille se rattache au groupe des grands feudataires (titulaires d'un fief) qui occupèrent la basse et la haute Provence dès la fin du Xe siècle.
1505 : Hélion Ier Féraud de Glandevès, seigneur de Gréoux, épouse Jeanne de Justas, dame du Bignosc, de Peipin et de Montfort.
1545 : sous le règne de François Ier, Antoine de Glandevès autorise la famille d'un paysan, Mathieu Amayenc, décédé sans testament, à récupérer l'intégralité de ses biens, les exonérant des droits de succession.
1608 : ordonnance ordonnant qu'il soit « procédé extraordinairement » contre Jean de Glandevès, sieur du Bignosc, et Claude Léotard, sieur du Forest, pour contravention de port d'armes.
1611 : Henri de Glandevès, co-seigneur d'Aubignosc, est accusé de guet-apens et voie de fait par Gaspard Moutet, sergent royal de Peipin.
1615 : Gaspard de Perinet, tuteur d'André de Perinet, sieur de Châteauvieux, est condamné à faire avoir à Jean de Glandevès, co-seigneur du Bignosc, une terre de 7 charges de semence, stipulée dans l'acte de vente de la terre et seigneurie de Peipin, conclu entre eux au prix de 56 000 livres (3 millions d'euros).
1617 : donation de 6 000 livres (plus de 320 000 €) par dame Isabeau de Johannis, dame du Bignosc, en faveur d'Henri de Glandevès, son fils aîné.
1630 : décès à Sisteron d'Hélione Castellane, femme d'Antoine de Glandevès, seigneur de Peipin, du Bignosc et de Noyers. Sa fille, H. de Glandevès, avait épousé Charles de Moustiers, seigneur de Ventavon.
1631 : ordonnance de vérification par des experts des sommes dues par la communauté de Peipin à Henri de Glandevès, co-seigneur d'Aubignosc. Ceci aux termes de l'acte de convention passé entre feu noble Hélion de Glandevès, sieur de Peipin et du Bignosc, et les communautés desdits lieux, selon lequel « tous les raisins et grains qui se recueilleront auxdits terroirs » seront soumis au paiement du « vingtain » (droit féodal en vertu duquel le seigneur prenait un vingtième du fruit de la terre).
1645 : Henri de Glandevès est seigneur ; il est fait mention de lui dans la transaction du 13 avril 1645.
1665-1667 : Jean de Glandevès est cité comme seigneur. Le 16 mars 1667, Jean Chieusse, trésorier de la communauté, verse à Gaspard de Glandevès, grand maître de l'ordre de Jérusalem et seigneur du lieu, 16 livres et 7 sols pour les droits de l'ordre. Ce dernier vendit probablement ses droits, puisqu'il n'eut pas d'enfants. Cet élément est crucial car il marque la fin de la présence directe de cette lignée seigneuriale sur les terres du Bignosc et de Peipin (confirmée par le fait qu'en 1671, c'est Charles le Camus qui apparaît comme seigneur de Peipin).
1667-1669 : la famille Glandevès est maintenue noble. Plus tard, elle fut admise à voter avec la noblesse pour la convocation des États Généraux en 1788.
1671 : on trouve Charles le Camus seigneur de Peipin.
1788 : bien que la présence seigneuriale locale se soit éteinte au XVIIe siècle, la famille Glandevès a conservé son rang au sein de la noblesse française et fut admise à voter avec la noblesse pour la convocation des États Généraux, soit plus d'un siècle après la fin de leur seigneurie au Bignosc. Cela prouve que si la branche spécifique gérant ces terres s'est éteinte ou a vendu ses droits, la maison de Glandevès en tant que lignée nobiliaire provençale a perduré et conservé ses prérogatives jusqu'à la veille de la Révolution française.
V. Une empreinte géographique marquée
L'influence des Glandevès ne se limitait pas aux titres ; elle s'ancrait concrètement dans le paysage agricole. La moitié de la seigneurie du Bignosc qu'ils détenaient se concentrait sur les terres situées au nord-ouest de la commune.
Ce domaine stratégique comprenait la campagne du Gravas, les terres du Forest et le Claus, zones où s'exerçaient leurs droits seigneuriaux.
Cependant, Gaspard de Glandevès vendit probablement ses droits, puisqu'il n'eut pas d'enfants.
Dès 1671, on trouve Charles le Camus comme seigneur de Peipin, marquant la transition vers une nouvelle ère pour ces terres.
VI. Ce que nous pouvons retenir
L'épopée des Glandevès illustre la trajectoire d'une noblesse provençale bâtisseuse, passée de la puissance féodale guerrière à une gestion administrative et juridique raffinée des territoires.
Si leur emprise directe sur les terres du Bignosc et de Peipin s'est achevée au XVIIe siècle, leur héritage — à la fois historique, héraldique et institutionnel — demeure un marqueur indélébile de la complexité et de la grandeur de la noblesse d'Ancien Régime.

Notes
¹ L'ancienne cité épiscopale de Glandèves était située dans la basse vallée du Var, au cœur de la dépression marneuse, précisément sur le territoire de la commune actuelle d'Entrevaux, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Installée dans la plaine, à proximité immédiate du lit du fleuve, la ville fut progressivement délaissée au profit de la place forte d'Entrevaux, construite sur un éperon rocheux dominant la vallée pour offrir une protection supérieure.
Cette cité prospère, qui fut le siège d'un comté et d'un évêché prestigieux, fut gravement ravagée par les troupes de Raimond Roger, vicomte de Turenne, lors des troubles du XIVe siècle. Il ne subsiste aujourd'hui de cette ville que l'ancienne cathédrale Notre-Dame-de-la-Sed, édifice isolé et témoin solitaire de l'importance politique et religieuse passée de cet ancien chef-lieu.
📌 Sources
Cet article est le fruit d’un travail de recherche documentaire mené par l’association Les Amarines. Il s'appuie sur le croisement des fonds d'archives conservés aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence (Digne-les-Bains) et des généalogies répertoriées dans l’Armorial de la noblesse.
Glandevès, Aubignosc, Archives départementales 04, Chronologie historique, Histoire de la Provence, Généalogie Alpes-de-Haute-Provence, Moyen Âge Provence, Seigneurs d'Aubignosc


