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Aubignosc : 1000 ans de dynasties

Dix siècles d'alliances, des fiefs à la robe

De la lance à la plume, découvrez la fresque héroïque des familles qui ont régné sur notre terroir.

Imagineriez-vous qu'en foulant le sol d'Aubignosc, vous marchez dans les pas de conseillers des rois, de chevaliers de Malte et de notaires de la cour ? L'histoire de notre commune n'est pas un long fleuve tranquille, mais une épopée de mille ans où chaque siècle a imposé son style et sa lignée.


Tout commence dans le silence des monastères du XIe siècle, pour s'achever dans le faste des salons financiers du XVIIIe siècle.

Entre ces deux extrêmes, le pouvoir a changé de visage à maintes reprises. D'abord guerrier et féodal avec les Justas, il est devenu administratif avec les Michaëlis, puis prestigieux avec les Glandevès, avant de passer aux mains des grands commis de l'État comme les d'Eymar.


Ce n'est pas seulement une liste de noms qui défile, mais la métamorphose de la Provence elle-même. Comment une terre donnée aux moines est-elle devenue le domaine de grands bourgeois parisiens à l'aube de la Révolution ? Plongez dans cette chronologie fascinante et découvrez les visages de ceux qui, du haut de leurs bastides ou depuis les parlements d'Aix, ont dicté la loi au Bignosc.


Cette fresque historique retrace la mutation du pouvoir seigneurial sur nos terres, illustrant le passage d'une féodalité de combat à une noblesse d'administration.


XIᵉ siècle : l'ancrage monastique et comtal


Le contexte historique : sous le règne du roi capétien Henri 1er, la provence est un territoire morcelé où le pouvoir se légitime par la piété.


Vers 1014 - 1018

L’héritage comtal

Foulques Bertrand naît au cœur de la dynastie des comtes de Provence. À la mort de son père Guillaume II, il devient l’un des héritiers du domaine provençal. Sous la régence de sa grand-mère Adélaïde d’Anjou, il commence à orienter son influence vers les terres stratégiques de la Haute-Provence, incluant la vallée de la Durance.


1040

L’acte fondateur de la "Villa Albinosco"

Foulques Bertrand, agissant en tant que comte de Provence, procède au partage du territoire d’Aubignosc. Par une charte célèbre, il cède une partie de la villa (le grand domaine agricole) aux moines bénédictins de l'abbaye de Montmajour. Cet acte marque le début de la co-seigneurie à Aubignosc : le comte conserve le contrôle militaire et stratégique du site, tandis que l’Église assure la mise en valeur des terres et la stabilité religieuse.


1044

La consolidation du pouvoir Nord

Alors que Foulques Bertrand renforce sa présence au château de Forcalquier (Castrum Furcalcherium), Aubignosc devient un verrou logistique essentiel. Le lien est désormais indéfectible entre le nouveau centre de pouvoir (Forcalquier) et ce point d'appui sur la Durance qui permet de surveiller les flux commerciaux vers Sisteron.


1051

La transition vers la lignée de Forcalquier

Décès de Foulques Bertrand. Son œuvre territoriale à Aubignosc survit à sa mort. Ses fils, Guillaume et Bertrand, héritent de ses possessions. C’est sur cette base foncière, initiée par le partage de 1040, que s’appuiera sa petite-fille Adélaïde pour fonder officiellement le Comté de Forcalquier au siècle suivant.



XIIᵉ siècle : l'alliance des Justas et la puissance de Forcalquier


Le contexte historique : l'époque est marquée par l'affirmation des grands fiefs.

Dans la continuité de l'impulsion donnée par Foulques Bertrand, le château d'Aubignosc se fortifie. La seigneurie, toujours partagée, voit s'affronter et collaborer les intérêts des comtes de Forcalquier et ceux des ordres religieux. Le site devient une sentinelle majeure face aux ambitions des comtes de Provence (branche d'Arles/Barcelone) qui tentent de reprendre le contrôle de la Haute-Durance.

La donation opérée par le comte Bertrand de Provence prouve qu’Albinosco faisait partie des domaines comtaux¹.


1144

Aubignosc apparaît parmi les biens du comte le long de la Durance, dont plusieurs avaient été construits par le comte Guillaume². À cette époque :

  • villa désigne le territoire administré d’un domaine,

  • castello signifie château, sans employer le terme castrum.


1150

La terre de Châteauneuf, qui relève du domaine comtal, entre dans la donation faite par Adélaïde, comtesse de Forcalquier, au comte Bertrand Iᵉʳ³.


1191

Guillaume de Laugier (1er du nom, chevalier, co-seigneur de l'Isle et de Sault, fils de Pierre de Laugier) fut l'un des arbitres qui contribuèrent, au mois de juillet 1191, à la convention faite entre Guillaume IV (Comte de Forcalquier) et Alphonse II (Comte de Provence), au sujet de la succession de la maison de Forcalquier.


1193

Au mois de juillet 1193, Guillaume de Laugier de l'Isle fut choisi parmi les barons de Provence, avec Pierre de Lambesc, pour être garants de la promesse de mariage entre Alphonse II (Comte de Provence) et Gersende de Sabran (petite-fille et héritière de Guillaume, dernier Comte de Forcalquier).

Six châteaux furent remis entre les mains de ces deux seigneurs⁴ pour caution de l'exécution du traité, à savoir les châteaux de Vitrolles, Montjustin et Aubignosc⁴ par le Comte de Forcalquier (et les châteaux de Raines, de Ozeda et de Cananellas par le Comte de Provence).


XIIIᵉ siècle


1202

La terre d’Aubignosc est donnée par le comte de Forcalquier à Vincent Sarpoul⁵.
Une transaction oppose alors le seigneur et la communauté d’Aubignosc au sujet des droits seigneuriaux.


1204

Les Justas, alliés aux Comtes de Provence, possèdent les seigneuries d’Aubignosc et de Peipin⁶.


1206

Sous Philippe II Auguste, le comte de Forcalquier donne en mariage sa petite-fille Béatrix de Forcalquier à Pons de Justas, ainsi que la terre de Peipin et la moitié d’Aubignosc⁷.

Ce mariage fait entrer Aubignosc dans une ère de diplomatie matrimoniale.

Les Justas ne sont plus de simples possesseurs ; ils deviennent les gardiens d'un axe stratégique entre Peipin et la Durance, prélevant le péage et le pulvérage, signes d'une souveraineté économique forte sur les routes de transhumance.

Pour aller plus loin : « L'héritage des Justas (1200-1550) »


1220

Lors du partage du comté de Forcalquier, la sentence arbitrale de Meyrargues attribue Aubignosc à Guillaume de Sabran. Celui-ci détache le territoire en faveur d’Isnard de Dauphin, sieur de Niozelles.


1282

L’un de ses descendants vend la terre pour 6000 sous provençaux.



XIVᵉ siècle : l'essor de la noblesse locale sous les ducs d'Anjou


1337

Hommage de Geoffroy de Lincel pour ses terres de Lincel, Aubignosc et Saint-Martin.


Vers 1340

Alors que les Valois règnent sur la France et que la première maison d'Anjou (dont la célèbre Reine Jeanne) domine la Provence, des familles de moyenne noblesse comme les Autard s'imposent.

Le titre de seigneur du Bignosc porté par Louis Autard vers 1340 témoigne d'une sédentarisation du pouvoir : le seigneur vit sur ses terres, gère ses greniers et s'intègre au tissu social local tout en servant les ambitions des ducs d'Anjou.

Pour aller plus loin : « La dynastie des Autard (1340-1900) »



XVᵉ siècle : les notaires du roi et l'administration de la robe


Le contexte historique : sous Charles VII, la Provence vit ses dernières décennies d'indépendance avant son rattachement à la France (1481).

La figure de Jean 1er Michaëlis est capitale : notaire de Louis III d'Anjou et du Roi René, il incarne l'ascension des juristes. La seigneurie n'est plus seulement une affaire d'épée, mais de droit.

Posséder Aubignosc devient un signe de réussite pour les grands serviteurs de l'état provençal.

Pour aller plus loin : « L'ascension des Michaelis (1400-1800) »



XVIᵉ siècle : le faste de la Renaissance et l'unification française


Le contexte historique : la Provence est désormais française sous François 1er. Le mariage d'Hélion de Glandevès avec Jeanne de Justas vers 1505 scelle l'union de deux lignées prestigieuses.

C'est l'époque de la consolidation des domaines : les seigneurs d'Aubignosc participent aux grandes structures du royaume, notamment à travers l'ordre de Malte, tout en adaptant leur autorité aux nouvelles lois royales qui centralisent peu à peu le pouvoir.

Pour aller plus loin : « La saga des Glandevès (1200-1700) »


1507

Hélion de Glandevès épouse Jeanne de Justas, « dame du Bignosc », dernière héritière de la famille des Justas⁸.


1583

Le 30 octobre, messire Jean de Glandevès, seigneur d’Aubignosc, fils d'Hélion seigneur de Peipin et de Isabeau de Porcelet, épouse Isabeau de Joannis⁹, fille de Jean-Jacques seigneur de Châteauneuf-Val-Saint-Donat et La Brillanne, avocat au parlement et de Françoise de Becaris.


Vers 1580–1600 : le grand incendie

Un incendie aurait détruit le château et le village, d’où l’expression populaire “les Rebinas du Bignosc” (déduction de l’Abbé Ayasse d’après l’inspection des maisons et la tradition orale).

👉 Rebinas : terme provençal signifiant “ruines brûlées, restes calcinés”, employé pour désigner les vestiges d’un lieu incendié.


1596

Jenna de Justas teste et Hélion de Glandevès réclame Peipin en qualité de son héritier.



XVIIᵉ siècle : le temps des parlementaires et des dynasties provençales


Le contexte historique : sous les premiers Bourbons, le pouvoir seigneurial se partage souvent en coseigneurie.

Des familles comme les Laidet occupent des charges prestigieuses au parlement de Provence. Le seigneur est désormais un homme de loi et d'influence à aix-en-provence, déléguant souvent la gestion quotidienne du domaine à des bayles, tout en maintenant un rang social élevé dans la hiérarchie de la noblesse de robe.

Pour aller plus loin :


1630

Décès d’ Hélione de Castellane épouse d’Antoine de Glandevè, seigneur du Bignosc et de Noyer.


1645

Henri de Glandevès seigneur du Bignosc¹⁰.


1649

Contrat de vente des affranchissements des biens roturiers à Aubignosc par Glandevès


1665

Jean de Glandevès seigneur et Gaspard de Glandevès, seigneur du lieu, acte de Jean Chieusse, trésorier de la communauté (Abbé Ayasse).


1671

Charles de Camus détient la ½ seigneurie, l’autre ½ appartient aux Michaelis (Raymond, Honoré, Jean-Antoine × Catherine de Laidet).
Jean de Laidet achète la ½ seigneurie († 1714).


1688-1689

Déclaration de biens de la Directe du Roi, dans la viguerie de Sisteron, par les consuls des communes dont Aubignosc.


1696

Jean et Pierre de Laidet sont tous deux seigneurs d’Aubignosc.

Jean est marié à Anne de Thibauld (Thibauld de Save) et Pierre est sans doute l’aîné. Il faut noter que ce sont les armoiries de Jean de Laidet qui ont été adoptées par la commune d’Aubignosc.


1698

Dénombrement des biens pour le roi Louis XIV.

Le Bignosc appartient à noble Pierre de Leydet¹¹ de Villeneuve.



XVIIIᵉ siècle : la fin d'un monde et l'ascension de la haute finance


Le contexte historique : au siècle des lumières, la terre devient un investissement autant qu'un titre.


1709

Le 26 mai, la seigneurie d’Aubignosc a été vendue par Messire de Laidet (aussi marquis de Sigoyer) à Jean François d’Eymar ou (Aimar). 

Pour les Laidet : il s’agit de Jean de Laidet appartenant à une des plus grandes familles de Provence qui, d’après Saint Marcel Eysseric, a fourni depuis le XVe siècle de nombreux consuls de Sisteron, magistrats à la cour du siège, militaires.

Pour les Eymar : Jean François épouse Thérèse Charlotte Robineau en 1713, décède en 1765. Ils ont un premier enfant Louis Joseph d’Eymar et deux autres, Jean Baptiste Pierre d’Eymar (de Saint-Maurin). Louis François porte le titre de chevalier (l’aîné des fils) mais ce sera sa mère qui gouvernera le domaine en son nom (père décédé et lui trop jeune pour gouverner). Il y aussi deux sœurs.


1713

Jean d'Eymar, secrétaire du roi sous Louis XIV, acquiert le domaine.


1736

Joseph de Laidet est seigneur du Bignosc (Abbé Ayasse).


1760

Quittance signée Laidet (probablement seigneur du Bignosc).


1765

À la veille de la Révolution, Louis Joseph François d'Eymar vend Aubignosc à Laurent Jacques Brun, président trésorier général de France en Provence.


Messire Laurent-Jacques Brun, dernier seigneur du Bignosc. 

Noblesse de robe : Laurent Jacques Brun n’était pas de la noblesse mais en acquérant le Bignosc, il s’en approchait. Il est propriétaire du château et des terres mais il est coseigneur avec André-François-Xavier Maurel, ainsi qu’avec Pierre de Maurel, seigneur de Volonne. 

Un seigneur principal et deux seigneurs secondaires. Les territoires des seigneuries étaient morcelées et comportaient, par ailleurs, des territoires hors de la commune (exemple le moulin). Les seigneurs principaux étaient ceux qui possédaient le château et la réserve du seigneur.

Les possessions de chacun étaient notées dans le Compoix (Cadastre du midi).


Laurent Jacques Brun ne put tenir ses engagements.

Après sa faillite, les héritières de M. Laidet, Mme d’Eymard et Mme de Sebastiani revendent :

  • le château à M. Brès,

  • les terres à divers particuliers.

Le pouvoir est passé des mains de la noblesse d'épée et de robe à celles des grands financiers de l'état, préfigurant l'ordre bourgeois qui naîtra des cendres de la féodalité.


1790

Aubignosc devient bien national¹².

Quand on dit que le village (ou la commune) Aubignosc “devient bien national”, cela signifie que les propriétés ou terres de la commune — typiquement celles appartenant à l’Église (église, prieuré, terres ecclésiastiques, bois, etc.) ou éventuellement des seigneurs — ont été confisquées à l’époque révolutionnaire et répertoriées comme “biens nationaux”.

Cela implique que ces biens, auparavant sous le contrôle de l’Église ou d’un seigneur, sont désormais la propriété de l’État (la “Nation”).

Par la suite, ces biens pouvaient être vendus — ce qui conduisait à un changement de statut juridique, de propriété, usage, et gestion des terres/biens concernés.

Pour la population locale, cela signifiait souvent la fin des privilèges ecclésiastiques ou seigneuriaux — et, potentiellement, l’ouverture à l’achat de parcelles ou bâtiments, selon les enchères.

Dans le cas d’Aubignosc, “devenir bien national” marque donc un tournant : c’est la perte du patrimoine ancien — religieux ou seigneurial — et son intégration dans le patrimoine de la Nation, avec toutes les conséquences sur la propriété, la structure foncière, la gestion locale — un exemple de ce vaste phénomène national.



Synthèse des seigneurs principaux d’Aubignosc


  • 1193 : Comte de Forcalquier

  • 1206 : Pons Justas (½ Aubignosc)

  • 1220 : Isnard de Dauphin (sieur de Niozelles)

  • 1282 : Guillaume Féraud de Glandevès

  • XIIIᵉ–XVᵉ s. : Famille Justas

  • 1609–1671 : Glandevès, Micailis, Laidet

  • XVIIIᵉ s. : Micaëlis jusqu’en 1750

  • 1671–1760 : Laidet

  • 1709 : Acquisition par Jean François d’Eymar

  • 1765 : Messire Brun puis revente à Mr Brès

Notes


¹ Jean-Pierre Poly, p. 98. 1. Le comte possède tout un groupe de domaines le long de la Durance : la moitié de Pertuis, à Manosque un ancien monastère ; Valensole, ancien alleu de Fouquier, laissé au comte en précaire Mayeul de Cluny ; le château de Forcalquier construit sur la villa Betorrida de Saint-Victor ; la moitié de Lurs (ancien domaine de l’église de Sisteron) ; La Brillanne, Aubignosc (1144 - Catalogue 293) ; la villa Alsonicus (1018) ; Fontienne et Marlançon ; des biens à Limans.

² Jean-Pierre Poly, p. 98.

³ A.D.13, B, 281 (Cour des comptes).

⁴ Louis Lainé, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France (Recueil de preuves, mémoires et notices généralogiques, servant à constater l'origine, la filiation, les alliances et lés illustrations religieuses, civiles et militaires de diverses maisons et familles nobles du royaume), Volume 8. Archives du Vaucluse, AD 84 B 295.

⁵ AD 13 B 301, Gallia Christiana Novissima, t.1, col. 658, diocèse de Sisteron.

⁶ ISNARD M.-Z., État documentaire et féodal de la Haute-Provence, Vial, Digne 1913, p. VIII.

⁷ Cité par l’abbé Ayasse (de Laplane).

⁸ Abbé Ayasse.

⁹ AD 04, B 2209.

¹⁰ Abbé Ayasse, Transaction du 13 avril 1645.

¹¹ B 808 AD 13, folio 269v.

¹² 1Q75, Biens nationaux, p. 426.


📌 Sources

Cet article s’appuie sur le travail documentaire et historique de Jeanine Bourvéau et les recherches de l'association Les Amarines d'Aubignosc (qui s'appuient sur le croisement des fonds d'archives conservés aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence et des généalogies répertoriées dans l’Armorial de la noblesse).

Aubignosc, Archives départementales 04, Chronologie historique, Généalogie Alpes-de-Haute-Provence, Histoire de la Provence, Seigneurs d'Aubignosc, Comtes de Provence, Coseigneuries

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